A Fribourg, un élan de soutien éclair sauve le "Popu"
Au bord de la faillite, le café a lancé un appel aux soutiens financiers. L'objectif de 50'000 francs a été atteint vendredi en quelques heures.

La rue Saint-Michel et ses chantiers à répétition, c'est un sujet qui anime Fribourg depuis des années. Derrière la façade du Café Populaire, toujours bondé à l'approche du week-end, la situation était devenue critique. C'est la réalité qu'Adèle Dafflon et Gaël Christen, associés du "Popu" depuis dix ans, ont choisi de rendre publique vendredi en lançant une campagne de financement participatif sur la plateforme suisse We Make It. Opération "Sauvetage du Café Populaire", une institution centenaire en ville de Fribourg.
Le résultat a dépassé toutes leurs attentes. "On s'attendait à un élan positif, mais pas au point d'atteindre le palier de 50'000 francs en six heures", lâche Adèle Dafflon, qui s'explique les raisons de ce succès: "Le Popu, c'est sentimental. Ça touche tous les clients qui sont venus une fois et qui viennent tous les jours."
Appeler publiquement à l'aide n'était pas une décision facile. "Ça montre que tout ne va pas si bien que ça", confie la gérante. "Mais si les gens ne savent pas, ils ne peuvent pas aider." Et les Fribourgeois ont répondu présents massivement, parmi lesquels des clients habituels, des anciens du Collège Saint-Michel, des restaurateurs de la ville, mais aussi — ironie de la situation — des élus du Conseil général, celui-là même qui avait rejeté en novembre un postulat pour dédommager des commerçants lésés par les longs chantiers en ville.
Six ans de chantiers
Depuis 2021, la rue Saint-Michel est un terrain de travaux quasi permanent. La rénovation de la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) d'un côté, l'installation du chauffage à distance et le remplacement des canalisations de l'autre. Une rue habituellement fréquentée par 3000 piétons par jour, souvent barrée ou difficilement accessible.
"Les gens changent d'habitude. S'ils ne peuvent plus passer dans cette rue, ils vont ailleurs", résume Gaël Christen. Le chiffre d'affaires du Popu a chuté de 30 à 40% sur les six dernières années. Les gérants avaient calculé tenir jusqu'à la fin des travaux. Mais un imprévu a tout bousculé: la rue, à peine refermée après le chantier du chauffage à distance, a dû être rouverte une deuxième fois pour les canalisations. "C'est ça qui nous a bouleversé notre planning. Normalement, ça aurait dû se terminer à la fin de l'hiver passé."
La communication de la Ville n'a rien arrangé. "Parfois, le vendredi, ils venaient poser une affiche disant que le lundi, il y aurait une coupure d'eau. Les délais étaient très courts, on se sent assez démunis", complète Adèle Dafflon.
Résultat: une perte de 50'000 francs sur l'année 2025, pour un établissement dont les charges fixes avoisinent les 100'000 francs par mois. Le crowdfunding était le dernier recours. Les deux associés ont déjà un prêt Covid à rembourser trimestriellement. Impossible d'emprunter davantage.
Pour tenir, le duo a dû faire des choix, comme beaucoup de restaurateurs. Réduction du personnel, suppression de l'entreprise de nettoyage, augmentation des prix...plus récemment, fermer l'établissement le lundi, en plus du dimanche. "On a commencé à faire beaucoup de choses nous-mêmes", dit Gaël Christen. "Une ligne rouge n'a pas été franchie: la qualité des produits. On s'était promis de ne pas prendre du moins cher."
Et maintenant?
L'argent récolté permettra de couvrir les charges fixes et les salaires jusqu'à la fin des travaux. Le calendrier joue cette fois en faveur du Popu. D'ici septembre, la nouvelle BCU ouvrira ses portes en face du café, amenant avec elle un flux de nouveaux étudiants et visiteurs. La rue Saint-Michel rénovée offrira également à l'établissement 11 mètres carrés de terrasse supplémentaires.
Fort de ce succès, les gérants ont relevé la barre à 75'000 francs. Un surplus bienvenu pour investir dans l'insonorisation de la salle, le renouvellement du matériel ou encore le rachat d'un véhicule d'entreprise — des projets mis en suspens depuis des années, faute de moyens.
Les fonds du crowdfunding ne seront toutefois versés qu'environ deux semaines après la clôture de la campagne, dans 45 jours. We Make It prélèvera 10% du montant total en guise de frais de service. D'ici là, le Popu tient grâce à des délais de paiement négociés avec ses fournisseurs.
Le nom des donateurs sur les chaises
Pour remercier les plus généreux, le Popu a prévu une petite surprise. Les donateurs à 1000 francs auront droit à une plaquette à leur nom sur l'une des chaises du café. "On a 50 chaises, ça va le faire!", plaisante Gaël Christen.
Quant à la motivation, elle ne faiblit pas. "On ne voit pas Fribourg sans le Popu. Et on ne voit pas notre vie sans non plus", confie Adèle Dafflon, qui fréquentait le café comme cliente dès ses années de collégienne, comme son binôme. "Voir l'aboutissement des travaux à la rue Saint-Michel, c'est clairement une grande motivation."


