Avoir de l'eau, est-ce que ça coule de source?
Invités de Fribourg Fait Maison, les spécialistes de l'eau Eric Mennel et Thierry Ackermann décryptent les enjeux autour de la sécheresse.

Cet été, il a fait chaud... très chaud. Et, surtout, la pluie a fait défaut. Tant et si bien que plus de la moitié des communes fribourgeoises ont appelé leur population à réduire leur consommation d'eau ou ont carrément imposé des restrictions, concernant notamment l’arrosage des jardins, le remplissage des piscines ou le lavage des véhicules.
Afin de tout savoir sur l'alimentation en eau, la sécheresse et ce qui nous attend dans les années à venir, Fribourg Fait Maison a invité Eric Mennel, chef de la section protection des eaux pour le canton de Fribourg, et Thierry Ackermann, directeur adjoint d’EauSud.
La Télé/RadioFr.: Pourquoi certaines communes ont dû édicter des restrictions d'eau?
Eric Menel: On a plusieurs communes où leur ressource principale était en déficit d'eau. Après, vous avez aussi dans certains cas un problème d'infrastructure. Là, ce n'est pas uniquement la ressource qui est insuffisante.
Certaines communes ont peut-être des réservoirs qui sont insuffisants ou
des volumes de stockage insuffisants.
Et puis, il y un dernier aspect qui peut provoquer ce genre de situation. Certaines communes ont des contrats avec des fournisseurs où elles ont une valeur limite à ne pas dépasser. Alors, quand tout le monde utilise de l'eau en même temps pour l'arrosage, le remplissage de piscines, le lavage de voitures ou ce genre de choses, ces communes dépassent leurs limites et sont obligées d'acheter de l'eau à des tarifs qui sont beaucoup plus chers que d'habitude.
Est-ce que des restrictions d'eau en mois d'octobre, c'est quelque chose
d'exceptionnel?
Thierry Ackermann: C'est vrai que c'est assez exceptionnel cette année.
C'est vraiment la durée de cette sécheresse qui est étonnante. Si on se remémore, on a quand même eu déjà au mois de mai une période de
sécheresse. Cet état de sécheresse s'est prolongé jusqu'au mois d'octobre.
Et maintenant, malgré les pluies du jour, on n'est pas encore sortis de cette période-là. Donc, c'est vrai que des restrictions et des ressources à bas niveau au mois d'octobre, ce n'est pas forcément la norme.
Quel est pour vous, l'enseignement majeur à tirer de cette situation?
Eric Menel: On parle depuis des années du changement climatique et on le vit vraiment aujourd'hui. On voit qu'on a régulièrement des sécheresses. Avant, ça revenait tous les deux ans avec une certaine amplitude, ou tous les cinq ans. Aujourd'hui, on a vraiment des sécheresses qui reviennent quasiment chaque année. Cette année, on reste quand même dans un cas exceptionnel. Mais il faut partir du principe que, chaque année, on aura des épisodes de plus ou moins grande importance.
Chaque année, on aura des difficultés.
Et il faut que les communes soient prêtes à prendre les mesures nécessaires pour y remédier, dès aujourd'hui.
Comment expliquer que certaines communes ont introduit des restrictions d'eau, alors que d'autres, parfois voisines, n'ont rencontré aucune difficulté?
Thierry Ackermann: Deux communes, pourtant voisines, peuvent avoir des infrastructures et des ressources totalement différentes. Et certaines n'ont pas besoin d'imposer de restrictions, alors que d'autres le font.
Est-ce qu'il y a un manque de vision globale, ou est-ce que le canton devrait piloter davantage les communes?
Eric Menel: Le pilotage, pour moi, il est fait. Toutes les communes ont dû réfléchir à leur planification pour les infrastructures d'eau potable pour les prochaines années. Elles ont livré à l'État de Fribourg la manière dont elles comptaient gérer leur développement, gérer les changements climatiques, gérer aussi des scénarios où il y a une mise en service de leur captage principal. Elles ont fait toutes ces démarches et les transmises au canton. Et puis nous, on a aujourd'hui une vision d'ensemble qui montre effectivement que certaines communes sont dans une situation plus délicate que d'autres, mais
ça reste très ponctuel. Les mesures, en principe, sont définies au niveau du canton et il appartient aux communes de les mettre en place.
Est-ce que vous pensez qu'un jour on devra importer de l'eau de l'étranger?
Thierry Ackermann: Je pense qu'en termes de quantité d'eau, pour le canton, on va avoir suffisamment d'eau. Il n'y aura pas besoin de l'importer d'autres pays.
Le défi, par contre, ça sera vraiment de la transporter au bon endroit, au bon moment.


