France: la fonction publique dans la rue

"Ras-le-bol des bas salaires" : des dizaines de milliers d'agents publics ont manifesté mardi en France pour protester contre le recul de leur pouvoir d'achat, à quelques mois de l'élection présidentielle.

Le pouvoir d'achat est l'un des mantras du jour pour les syndicats, qui dénoncent l'érosion du niveau de vie des fonctionnaires. © KEYSTONE/AP/Teresa Suarez

Dans le même temps, dans un climat social déjà tendu, les blocages aux abords de lycées se poursuivent à travers le pays, avec le soutien affiché de La France insoumise (LFI, gauche radicale).

Ces revendications pour de meilleurs salaires et davantage de moyens s'inscrivent dans un contexte budgétaire très dégradé, la France étant le pays le plus endetté de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie.

Trente mille personnes, dont 8000 pompiers, ont défilé mardi sans incident majeur à Paris, a indiqué la préfecture de police de Paris à l'AFP.

Selon le syndicat de la CGT, cette journée de mobilisation a réuni plus de 300'000 manifestants à travers la France, dont 70000 à Paris. Quelque 30'000 manifestants ont défilé à Marseille, d'après le syndicat (3800 selon la police).

"La cocotte est pleine"

"Augmentez les salaires !", "Blocage des prix", "Des hôpitaux aux assos, mêmes attaques, mêmes combats !", pouvait-on lire sur des pancartes dans la manifestation parisienne.

"La cocotte est pleine", estime dans le cortège marseillais Laurence Rouvière, professeure des écoles, qui demande "des moyens supplémentaires" et d'arrêter "de consacrer des moyens au budget de guerre".

A Nantes (ouest), les manifestants brandissaient des pancartes marquées "Ras-le-bol des bas salaires", ou "La France crame, vos pompiers avec".

A Paris, plusieurs milliers de pompiers, mis à rude épreuve cet été lors d'incendies historiques, se sont élancés dans un cortège à part.

Près de 10% d'agents de la fonction publique d'Etat étaient en grève mardi, selon les chiffres officiels à la mi-journée.

Le "pouvoir d'achat" est l'un des mantras du jour pour les syndicats, qui dénoncent l'érosion du niveau de vie des fonctionnaires, grignoté par l'inflation et l'absence de revalorisation du point d'indice ces dernières années.

Depuis 2017, les agents publics n'ont vu leur point d'indice revalorisé qu'en 2022 (3,5%) et 2023 (1,5%), soit une revalorisation totale légèrement supérieure à 5%. Entre-temps, l'inflation cumulée depuis 2017 aura atteint 24,17% à la fin 2026.

"Le gel du point d'indice, ça veut dire une baisse de salaire pour des millions d'agents publics qui sont déjà parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE", a déclaré la numéro un du syndicat de la CGT Sophie Binet.

"Pompiers pyromanes"

Parallèlement aux manifestations de la fonction publique, la journée de mardi est marquée par la poursuite des blocages de lycées, mouvement parti la semaine dernière d'établissements de banlieue parisienne.

Les organisateurs revendiquent 400 établissements bloqués sur les quelque 3700 que compte la France.

De son côté, le ministère de l'Éducation nationale recensait en fin de journée 338 établissements encore affectés, dont 45 bloqués et 46 visés par des tentatives de blocage, sur un total de 416 établissements touchés depuis le matin. Il signalait aussi 31 blessés, entre élèves et personnels.

Le gouvernement - qui a annoncé 440 interpellations mardi - a dénoncé des "violences urbaines", le Premier ministre Sébastien Lecornu déplorant la "surenchère irresponsable" d'élus de LFI qui "appellent à étendre le mouvement".

"LFI, c'est les pompiers pyromanes", a également dénoncé mardi Valérie Pécresse, la présidente LR (droite) de la région Île-de-France, en dénonçant une "instrumentalisation politique".

"Au moins 10 personnels de l'Éducation nationale" ont été blessés, a déclaré sur X le ministre de l'Éducation Édouard Geffray, déplorant "un professeur frappé dans le Nord, un proviseur blessé par un tir de mortier dans les Hauts-de-Seine" ou "un autre menacé de mort en Essonne".

"Les violences sont inqualifiables (...) Le droit de manifester est une liberté fondamentale, qui ne saurait servir de caution à de tels actes. Les légitimer ou appeler, dans ce contexte, à étendre les blocages, c'est mettre en danger nos élèves comme les agents publics. C'est irresponsable", a-t-il écrit.

Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a, de son côté, défendu le soutien de son parti à ces blocages. "Je trouve qu'on devrait tous saluer cette mobilisation lycéenne", a-t-il assuré.

"Quand on partage les revendications d'une mobilisation, c'est normal qu'on l'appuie, qu'on la soutienne et qu'on appelle à ce qu'elle s'amplifie", a-t-il estimé.

Le maire LFI de Saint-Denis, au nord de Paris, Bally Bagayoko, a estimé que "la violence, à un moment donné, peut être légitime". "Mais chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux", a-t-il aussitôt nuancé.

Ces blocus devant les lycées touchent une population jeune et souvent scolarisée dans des banlieues populaires. Un public qui est le coeur de cible de LFI pour la présidentielle.

ATS
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