Marc Muller: "On gagne de l'argent avec l'électrique"

Carburants hors de prix, factures de chauffage en hausse: l'ingénieur Marc Muller explique pourquoi la transition énergétique ne peut plus attendre.

Marc Muller, ingénieur en énergie, était l'invité de Radio Fribourg dans Fribourg Fait Maison. © Envato/Marc Muller

Faire le plein devient un luxe, remplir sa cuve à mazout coûte toujours plus cher et la facture énergétique pèse sur les ménages. Dans ce contexte, la voiture électrique et les systèmes de chauffage renouvelables apparaissent comme des alternatives de plus en plus séduisantes. Mais les prix suffisent-ils à faire changer les habitudes? Entre freins financiers, craintes liées aux batteries et résistance au changement, la transition énergétique soulève encore de nombreuses questions. 

Ingénieur en énergie et fondateur d'Impact Living, une entreprise de conseil, d'ingénierie et d'architecture active dans la transition énergétique, Marc Muller défend une approche pragmatique: choisir des véhicules adaptés à ses besoins, miser sur des solutions efficaces et ne plus repousser les investissements nécessaires. Coût réel de l'électrique, durée de vie des batteries, intérêt des voitures hybrides, remplacement des chaudières et rôle des pouvoirs publics: il démonte certaines idées reçues et explique pourquoi notre dépendance aux énergies fossiles nous coûte bien plus que le prix affiché à la pompe.

L'intégralité en vidéo de Fribourg Fait Maison avec Marc Muller:

L'interview de Marc Muller dans Fribourg Fait Maison: 

Radio Fr.: Les prix de l'essence et du diesel augmentent. Est-ce que cela suffit à convaincre les automobilistes de passer à l'électrique?

Marc Muller: Le prix est un argument très concret. Quand les fins de mois deviennent plus difficiles, une dépense supplémentaire de plusieurs dizaines de francs pour faire le plein compte forcément. Si une alternative permet de réaliser des économies, on est davantage motivé à l'examiner. Les préoccupations environnementales restent importantes, mais l'argument économique peut accélérer la décision. La transition est déjà en marche dans certains pays européens, notamment en Norvège, où les voitures électriques dominent les nouvelles immatriculations. En Suisse, nous progressons, mais nous restons encore en retrait par rapport aux pays les plus avancés.

Pourtant, les voitures électriques suscitent encore beaucoup de méfiance. Qu'est-ce qui freine les automobilistes?

La voiture est bien plus qu'un moyen de transport: elle représente aussi des habitudes et un marqueur social. Il est donc difficile de convaincre quelqu'un de changer un véhicule qu'il connaît et dont il est satisfait. Mais les résistances diminuent. Les modèles disponibles sont aujourd'hui plus nombreux, leurs autonomies sont meilleures et les infrastructures de recharge sont largement développées en Suisse. Une fois que les automobilistes ont adopté l'électrique, leur niveau de satisfaction est généralement élevé. Avoir la possibilité de recharger chez soi constitue notamment un avantage décisif.

Les modèles électriques sont donc devenus compétitifs, même si les petits budgets restent confrontés à un choix plus limité dans les premiers prix.

L'électrique coûte-t-il vraiment moins cher qu'une voiture à essence, malgré un prix d'achat parfois plus élevé?

Il faut regarder le coût global plutôt que le seul prix affiché. En Suisse, le prix moyen d'achat d'une voiture tourne autour de 50'000 francs. Les modèles électriques sont donc devenus compétitifs, même si les petits budgets restent confrontés à un choix plus limité dans les premiers prix. Il faut aussi tenir compte des dépenses d'utilisation: l'électricité peut coûter nettement moins cher que l'essence, et l'entretien est généralement moins complexe. Si l'on achète une voiture à crédit, ce qui est fréquent, il faut comparer la mensualité et les économies réalisées au quotidien. Les véhicules électriques d'occasion méritent également d'être considérés.

Et la batterie? Beaucoup craignent de devoir la remplacer au prix fort après quelques années.

Cette inquiétude repose souvent sur un manque de recul ou de connaissance de la technologie. Les batteries des voitures électriques sont conçues pour durer longtemps, et les retours d'expérience montrent qu'elles peuvent parcourir plusieurs centaines de milliers de kilomètres. De nombreux constructeurs les garantissent jusqu'à 160'000 kilomètres, selon les modèles et les conditions. Une panne reste possible, comme pour n'importe quel composant automobile, mais il ne faut pas partir du principe qu'une batterie devra être remplacée au cours de la vie du véhicule. Le recyclage progresse également: en Suisse, des filières spécialisées permettent de récupérer une grande partie des matériaux contenus dans les batteries.

Faut-il pour autant remplacer sa voiture par un gros modèle électrique avec une autonomie maximale?

Non, et c'est justement là qu'il faut faire preuve de bon sens. Le meilleur véhicule est celui qui correspond à son usage. Si l'on effectue principalement de courts trajets, une petite voiture suffit souvent. Il n'est pas nécessaire de transporter toute l'année une batterie surdimensionnée pour un long voyage que l'on effectue une ou deux fois par an. Les véhicules plus lourds nécessitent davantage de ressources, notamment pour leurs batteries. Et lorsque c'est possible, le vélo et les transports publics restent des solutions à privilégier. L'objectif n'est pas simplement de remplacer chaque voiture thermique par son équivalent électrique, mais aussi de repenser nos déplacements.

La transition énergétique est inéluctable, alors autant la préparer dès maintenant.

La hausse des prix touche également le chauffage. Est-ce le bon moment pour remplacer une chaudière au mazout ou au gaz?

La pompe à chaleur est aujourd'hui une solution éprouvée, et d'autres options, comme le chauffage à distance ou le bois dans certaines situations, peuvent aussi être pertinentes. Les prix élevés et leur volatilité incitent à s'intéresser aux énergies renouvelables, mais beaucoup de propriétaires attendent encore que leur installation arrive en fin de vie ou tombe en panne. Or, les technologies nécessaires à la transition existent depuis plusieurs décennies. Il faut aussi considérer notre dépendance: la Suisse importe une grande partie de son énergie fossile et reste exposée aux fluctuations des marchés internationaux. Remplacer un système de chauffage, c'est donc réduire sa consommation d'énergies fossiles et sa vulnérabilité face aux prix.

La transition énergétique est-elle accessible à tous, et quel rôle l'État doit-il jouer pour l'accélérer?

Il faut évidemment tenir compte des ménages qui ont des moyens limités. Mais la transition ne peut pas reposer uniquement sur les subventions. Les ménages et les propriétaires qui disposent des ressources nécessaires peuvent déjà agir, parfois en réalisant des économies à moyen terme. De mon point de vue, les pouvoirs publics devraient aussi donner l'exemple en rénovant leurs propres bâtiments et en réduisant leur dépendance énergétique. Chaque année passée à repousser les changements prolonge notre dépendance au pétrole et au gaz importés. La transition énergétique est inéluctable, alors autant la préparer dès maintenant, avec des choix adaptés aux besoins et aux moyens de chacun.

Ecoutez l'intégralité de Fribourg Fait Maison avec Marc Muller:

RadioFr. - Thibaut Clémence
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