Matinée électorale: Lise-Marie Graden
La candidate socialiste, actuelle préfète de la Sarine, a passé la matinale dans les studios de RadioFr. Découvrez son portrait, le son qui l'émerveille et sa vision pour des logements abordables.

Première femme à devenir Préfète dans le canton, Lise-Marie Graden veut maintenant travailler pour l'ensemble des districts. Elle brigue l'un des sept sièges au Conseil d'Etat fribourgeois.
Arrivée dans le canton de Fribourg en 1999, avocate de formation, maman et grand-maman, habitante du quartier du Bourg, Lise-Marie Graden est décrite comme une personne "déterminée, à l'écoute, rassembleuse, dotée d'une tête assez dure, un peu bordélique et qui a tendance à traîner aux apéros". Son portrait complet et ses réponses:
Au Conseil d'Etat, elle veut défendre la vision de la gauche, "sans devoir claquer des portes". Aux bruits qui disent qu'elle n'est pas vraiment de gauche, elle répond: "C'est drôle. Ce n'est pas parce qu'on s'entend bien avec des gens de droite qu'on arrive à travailler ensemble, parce qu'on défend chacun des valeurs et puis qu'on trouve des chemins ensemble, qu'on n'est pas clairement d'un côté ou de l'autre", tout en précisant qu'elle se sent plus proche, dans les idées, du collectif DAS-WAS que du Centre.
"Les femmes ne prennent pas suffisamment leur place"
Lise-Marie Graden a dû apporter un son qui l'inspirait, l'émerveillait, l'intriguait ou la motivait. Elle nous a transmis un audio de deux de ses petites-filles qui chantonnent, pour "dire à quel point c'est beau et bon d'avoir des enfants, d'avoir des petits-enfants". Un choix qui fait écho aussi au mouvement mouvement mondial "World with Women", qui demande aux femmes de s'arrêter le 13 octobre pour montrer la place, l'importance des femmes sur cette terre. "On ne prend pas suffisamment notre place. On ne nous la laisse pas non plus. J'ai trois petites-filles et j'aimerais qu'elles aient vraiment leur place", souligne la candidate socialiste.
Des loyers abordables: comment y arriver?
Lise-Marie Graden veut faire de la politique du logement une priorité. Mais entre la promesse électorale et les clés d'un appartement abordable, les obstacles sont nombreux. Alors qu'est-ce que le Conseil d'Etat peut mettre en place? Son interview politique.
Vous estimez sur votre site internet qu'on ne peut pas laisser le marché décider seul. Mais ce n'est quand même pas à l'État de construire des appartements?
Non, mais une politique du logement, ce n'est pas seulement construire des appartements. C'est penser le logement de manière générale, avec responsabilité. Et c'est ce que l'État doit faire.
Concrètement, que peut faire le Conseil d'État?
Mettre en place des outils pour favoriser des logements plus adaptés et plus accessibles. Il s'agit notamment de développer des logements d'utilité publique, détenus par l'État, une collectivité publique ou une coopérative que l'on peut soutenir. Ces entités peuvent ensuite proposer des appartements à loyers modérés. Il faut aussi mener une politique foncière active, pour que l'État puisse acheter des terrains ou des immeubles.
Mais pour acheter des terrains ou construire des immeubles, il faut de l'argent. Où trouver ces fonds?
Avant d'avoir l'argent pour acheter, il faut avoir l'occasion d'acheter. Et cela passe clairement par un droit de préemption accordé aux collectivités publiques, pour leur permettre d'acheter avant les acteurs du marché.
Ensuite, effectivement, il faut des ressources. Mais comme pour beaucoup de prestations de l'État, il faut de l'argent, et il ne tombe pas du ciel.
Quel montant faudrait-il investir au niveau cantonal? 50, 100 ou 500 millions de francs pour construire suffisamment de logements?
Je ne pense pas que ce soit la première question à se poser. Combien construire? Combien acheter? De quel argent a-t-on besoin?
Il faut d'abord faire de la politique, mettre en place ce qui permettra ensuite d'investir, notamment une loi sur le logement et des outils réglementaires. C'est aussi une question de volonté, de priorité accordée au logement.
Avant d'acheter un immense terrain pour construire de nombreux immeubles à loyers modérés, on peut commencer par de plus petits projets, en soutenant financièrement des coopératives et des maîtres d'ouvrage d'utilité publique.
On peut aussi subventionner l'adaptation des logements pour les seniors, afin qu'ils puissent rester chez eux, ou les aider à quitter un logement devenu trop grand pour un appartement plus adapté. Cela permettrait de libérer des logements pour les familles.
Dans un marché aussi tendu, les conseils aux promoteurs suffisent-ils? Ne faudrait-il pas imposer, par exemple, 20% de logements d'utilité publique lors de l'octroi de permis de construire?
Oui, je pense qu'il faut imposer des logements d'utilité publique, parce que tous les promoteurs ne le font pas spontanément. Certains le font, mais pas tous. 15% de logements d'utilité publique, par exemple, c'est quelque chose que les communes peuvent inscrire dans leur plan d'aménagement local et leur règlement d'urbanisme. Il faudrait le faire.
Les promoteurs ont aussi intérêt à ce que leurs logements soient occupés. À Bulle, le marché est peut-être tendu, mais ailleurs, des immeubles restent vides parce que les appartements construits ne correspondent pas aux besoins réels de la population. Ça n'a pas de sens.


