Jean* et sa famille sont partis vivre en Israël il y a un peu moins d'une année. Et, dès leur arrivée sur place, une question était sur toutes les lèvres: "Êtes-vous des juifs faisant l'Alya?" Et comme ils répondaient que non — c'est l'employeur de Jean qui lui a demandé d'y aller — de multiples autres questions ne manquaient jamais de suivre: "Pourquoi êtes-vous là?", "Quelle est votre religion?" ou encore "Que pensez-vous du conflit israélo-palestinien?" Et à Jean de commenter: "Quand on vient de Suisse, un pays où on respecte beaucoup la vie privée, ça fait bizarre. Mais une fois que les gens parviennent à vous mettre dans une case, c'est bon. On est vite acceptés."
Sur place, la famille côtoie des personnes venant des deux côtés de la frontière arabo-juive. Contrairement à la majorité des autres expatriés qu'ils connaissent. "La plupart d'entre eux restent entre expatriés, que ce soit pour faire une promenade, aller au restaurant ou n'importe quelle autre activité", décrit le père de famille. Mais lui n'a pas vraiment le choix. Étant là-bas avec ses enfants, que ce soit pour l'école ou les activités sportives des petits, il est régulièrement en contact avec la population locale. "Franchement, au quotidien, ça se passe très bien. Même mieux que nous l'espérions", poursuit-il. Il ajoute que les conversations se passent habituellement en anglais.
Ils connaissent les procédures en cas de danger
Bien entendu, le contexte géopolitique est toujours présent, que ce soit dans les médias ou au quotidien. "On peut être tranquillement dans un café et, tout d'un coup, on entend une alarme ou on ressent une tension. Là, on ne cherche pas à comprendre. On sait ce qu'on doit faire et où on doit aller. Il n'y a pas une minute à perdre", commente Jean. Dans les foyers aussi, tout est prévu en amont. "On a tous une réserve d'eau et de nourriture. Quant aux nouveaux logements, ils sont tous équipés d'une "safe room". De plus, on connaît les procédures de rapatriement. Nous avons été briefés dès notre arrivée."
On nous a beaucoup montré les manifestations en France. Mais comme un mauvais exemple.
L'une des choses ayant le plus marqué Jean et sa famille, ce sont les contrôles sécuritaires. "Ils se passent toujours très bien, puisque, nous, les expatriés, ne sommes pas particulièrement visés. Cela dit, voir des ados à peine plus âgés que mes enfants armés de mitraillettes, au bord des routes, c'est perturbant." Les récentes élections législatives n'ont d'ailleurs pas calmé la situation, au contraire. "Entre les annonces de reprise de la guerre avec l'Iran ou la fermeture des ambassades américaines dans la région, c'était un climat particulier. Le rôle de Netanyahou, notamment, était au centre de la plupart des discussions", se souvient le Suisse.
Manifestations instrumentalisées
D'ailleurs, dans ce contexte, l'actualité européenne a été largement instrumentalisée. "On nous a beaucoup montré les manifestations en France. Mais comme un mauvais exemple. En bref, le message était: "Regardez ce que provoque l'islamisation! Cela profite à l'extrême gauche et c'est la porte ouverte au chaos", analyse Jean. Enfin, le père de famille souligne que tout n'est pas que tension en Israël. "Ça reste un pays magnifique, l'un des piliers de la civilisation. Quand on le visite, on a parfois l'impression de vivre les récits de la Bible."
*Prénom d'emprunt





