"Mon voyage en Sicile s'est transformé en cauchemar"

Patricia Multari a failli mourir intoxiquée au monoxyde de carbone, dans un hôtel italien. Un décès suspect y avait eu lieu quatre jours avant.

Encore traumatisée par sa mauvaise expérience en Sicile, Patricia Multari n'est pas prête de repartir en vacances dans son pays d'origine. © RadioFr.

Quand elle pose ses valises dans la chambre 20 de l’hôtel Rifugio Sapienza, au nord de Catane, le dimanche 20 septembre dernier en fin d’après-midi, Patricia Multari est loin d’imaginer l’enfer qu’elle vivra dans les heures suivantes.

Ses vacances ont pourtant très bien commencé quelques jours auparavant. D’origine italienne, elle fait découvrir les Pouilles et la Calabre à son compagnon, Thierry. Prochaine étape: la Sicile, avec notamment une excursion sur l’Etna. Les Fribourgeois décident de passer la nuit au Rifugio Sapienza, un établissement très prisé des touristes, mais aussi des locaux, à proximité directe du volcan. 

À l’arrivée dans sa chambre, Patricia est prise de maux de tête, ce dont elle souffre rarement d’habitude. "J’ai pensé que c’était à cause de notre trajet en voiture ou d’éventuelles émanations de l'Etna", explique la Gruérienne. Le couple sort pour organiser sa visite du lendemain et manger au restaurant. Patricia se sent mieux. Mais le soulagement sera de courte durée...

Maux de tête et douleurs oppressantes

De retour dans la chambre d’hôtel, la Fribourgeoise a de nouveau mal à la tête. Elle ne parvient pas à dormir, se relève plusieurs fois pour aller à la salle de bains. Pire, elle commence à ressentir des douleurs oppressantes dans la poitrine. Les minutes suivantes sont floues: "Je me suis assise au bord du lit avec la tête vers le bas et j’essayais de retrouver mon souffle. C’est la dernière image que j’ai". Patricia Multari perd connaissance. 

Son ami, en panique, alerte la réception de l’hôtel. Il tente de réveiller sa compagne, crie, lui donne des petites tapes et lui jette de l’eau au visage. Après de longues minutes, la Gruérienne de 54 ans revient à elle. Elle est prise en charge par des ambulanciers, qui pensent dans un premier temps qu’elle a un problème cardiaque. Elle est transportée dans un hôpital de Catane, à une vingtaine de kilomètres. 

Chambres 20 à 22 maudites

Les contrôles ne montrent rien de particulier. Mais un événement va tout changer: dans les couloirs de l’hôpital, Patricia reconnaît une jeune femme italienne qui était aussi au Rifugio Sapienza avec son ami, dans la chambre 22. Elle le signale au personnel soignant qui comprend qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence. Les deux couples doivent faire une prise de sang qui révèle l’impensable: une intoxication au monoxyde de carbone, un gaz invisible et inodore. L’hôtel avec sa quarantaine d’occupants est évacué en pleine nuit. 

Les choses s’accélèrent: Patricia et les deux jeunes Italiens sont transférés dans un autre hôpital pour recevoir un traitement spécial dans un caisson hyperbare. Il s'agit d'une chambre hermétique dans laquelle on augmente la pression de l’air pour administrer de l’oxygène au patient. Ils présentent un taux d’intoxication beaucoup plus élevé que Thierry. "C'est peut-être parce qu'il a dormi près de la fenêtre entrouverte, alors que j'étais juste à côté d'une armoire technique", suppose Patricia.

La Fribourgeoise passe alors par des moments très difficiles: "C’était un cauchemar. J’étais complètement sous le choc. J’ai réalisé que j’avais failli mourir… Les médecins m’ont dit que si j’étais restée cinq minutes de plus dans cette chambre, je n’aurais pas survécu. Je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé si j'avais été seule ou si Thierry ne s'était pas réveillé..." 

Un touriste décédé quatre jours plus tôt

Durant son hospitalisation, Patricia, qui parle couramment italien, saisit alors des bribes de conversation du personnel soignant et comprend que d’autres événements tragiques ont eu lieu récemment au Rifugio Sapienza. Elle recherche des informations sur son natel et découvre avec horreur qu’un touriste de 66 ans, installé dans la chambre 21, est décédé dans cet hôtel, le 16 septembre, soit quatre jours seulement avant son arrivée. Sa mort est qualifiée de "non violente" par les autorités, mais elles ne mentionnent pas d'intoxication, alors que d’autres personnes ont aussi souffert à la même date de nausées et de vomissements. 

Après la deuxième série de malades, les autorités italiennes placent l'hôtel sous séquestre pour permettre aux pompiers et à la police d'inspecter les installations. La justice ouvre une enquête pour homicide involontaire et mise en danger. Les magistrats devront déterminer si le décès du sexagénaire était aussi lié à une intoxication au monoxyde de carbone. Selon des médias italiens, un problème de chaudière dans les cuisines, situées au-dessous de la chambre 21, serait en cause. Quand on consulte le site de l'hôtel, il n'y a actuellement aucune indication particulière, mais il est impossible de réserver une chambre pour les prochaines semaines. 

Pas d'excuses... ni d'audition

Patricia a décidé de porter plainte. Pas pour de l’argent. Mais pour obtenir justice et éviter que ce drame ne se reproduise. "Je suis choquée, en colère, révoltée. Comment peut-on continuer à accueillir des gens dans cet hôtel en sachant qu’il y a un risque mortel? C’est une négligence très grave!", s'énerve la Gruérienne. 

Elle s’étonne aussi que ni les responsables de l’établissement, ni la police, ni les autorités italiennes ne l’aient contactée après les faits. Son avocate est maintenant en lien avec un confrère sur place en Italie. 

Aujourd’hui, Patricia Multari est encore traumatisée et subit les conséquences des récents événements dans sa santé physique et psychique. "Je ne supporte plus de dormir avec les fenêtres fermées. Je suis suivie de près au niveau neurologique car l’intoxication pourrait avoir encore des conséquences sur mon organisme pendant six semaines. J’ai malheureusement dû réduire mon temps de travail". 

Si elle témoigne, c’est aussi pour sensibiliser les gens à ce genre de risques. "L’hôtel n’était pas délabré. On n’aurait jamais pu imaginer un quelconque défaut technique. Je n’ai plus du tout envie de voyager, mais si c’est à nouveau le cas un jour, j’emporterai avec moi un détecteur de monoxyde de carbone", assure la Fribourgeoise. 

RadioFr. - Isabelle Taylor
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