100 ans de JPF: et maintenant ?

L’un des plus grands employeurs du canton fête son centenaire. Mais chez JPF, l’heure est déjà aux prochains chantiers, aux nouveaux marchés et à la relève.

Le groupe a construit une nouvelle halle au Pâquier pour développer ses activités liées à la construction en bois. © RadioFR

JPF fête ses 100 ans ce jeudi et vendredi, mais l’entreprise du Pâquier n’a plus grand-chose à voir avec celle fondée en 1926: 1300 employés, une quarantaine de métiers et plusieurs centaines de chantiers. À sa tête depuis 2005, Jacques Pasquier regarde déjà vers la suite. Construction en bois, grandes infrastructures, énergie ou traitement de l’eau: le directeur général voit encore de nombreuses opportunités pour l'avenir du groupe. 

À l’occasion de ce centenaire, le patron de l’un des poids lourds fribourgeois de la construction se confie sur l’avenir de JPF, ses ambitions et les défis qui attendent l’entreprise.

JPF, c'est une histoire de famille. Vous avez des souvenirs d'enfance ?

Oui, je me souviens très bien de mon grand-père, qui est tout de même mort relativement jeune, à l'âge de 61 ans. Mais quand nous étions tout petits, à l'âge de 6 ou 7 ans, il venait régulièrement nous chercher à la maison, nous emmener dans sa voiture pour la visite de chantier. Il nous avait même organisé, dans son garage, quelques briques, un peu de mortier, une truelle, etc. On devait s'exercer aux travaux de maçonnerie, donc je m'en souviens très bien.

Vous avez finalement rejoint l'entreprise assez tard. Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre JPF ?

Je n'avais pas du tout l'idée de m'impliquer dans JPF, bien que, vu mon travail d'architecte, je travaillais en collaboration avec JPF sur certains chantiers. Dans les années 90-2000, il y a eu une période difficile, pas seulement pour JPF, mais pour l'ensemble des entreprises. C'est la crise des années 90, crise de l'immobilier surtout, mais aussi une crise industrielle. Cette période très difficile du point de vue financier a mis en péril la société JPF. Elle a dû faire une importante restructuration et réduire un peu sa dimension pour continuer à vivre.

Lors de cette phase, mon papa avait 74 ans. On a décidé, mon frère Laurent et moi, avec l'accord de mes frères et sœurs bien entendu, puisque dans la famille nous sommes neuf frères et sœurs, de reprendre la direction de l'entreprise. C'était en quelque sorte un challenge à l'époque, parce qu'on ne savait pas comment les choses allaient tourner. Mais aujourd'hui, plus d'une vingtaine d'années plus tard, on voit que les choses ont finalement bien tourné.

Aujourd'hui, JPF couvre presque tous les domaines de la construction et compte une quarantaine de métiers. Cette diversification fait-elle partie des clés du succès du groupe ? Quelle est votre vision? 

La première vision, c'est de pouvoir offrir à notre client, qui peut être une collectivité publique ou un particulier, l'ensemble des prestations, pour qu'on puisse aussi partager les synergies qu'on a dans le groupe et offrir un service plus intéressant à notre client. Moins il y a d'interlocuteurs, mieux sera géré son chantier. Le deuxième intérêt, c'est aussi d'avoir beaucoup de compétences. Quarante métiers, c'est un océan de compétences différentes qui se partagent à l'intérieur du groupe.

Financièrement, c'est aussi intéressant ?

Bien entendu. Ce qui est intéressant, c'est tous les travaux de coordination et de planification qu'on peut faire en interne. Pouvoir passer des travaux de démolition aux travaux spéciaux, au terrassement, puis aux travaux de maçonnerie et, pourquoi pas, au bois si c'est un bâtiment en bois, fait que toute la planification peut se faire en interne. C'est aussi plus facile pour les architectes qui ont développé le projet et pour les ingénieurs, puisque l'interlocuteur est le même.

L'avenir, ce sera quoi pour JPF ?

Comme le bois s'utilise beaucoup dans des constructions décarbonées, avec les ambitions qu'on a dans le domaine du bâtiment, je pense que le bois a un bel avenir. D'ailleurs, aujourd'hui même, il prend déjà des parts de marché sur la construction en béton. Le bois est un aussi secteur d'avenir puisque sa deuxième qualité, c'est qu'il utilise des ressources locales. Chez JPF, on produit essentiellement avec du bois local. 

Le deuxième avantage, c'est la préfabrication. Grâce au travail en usine, on n'est pas soumis à la météo et on passe très peu de temps sur les chantiers, puisqu'on intervient sur le chantier uniquement pour la pose des structures. Vu qu'on travaille aussi beaucoup en milieu urbain, cela permet de réduire la durée des chantiers.

Dans les autres domaines d'activité, je vois l'avenir sur les grandes infrastructures, dans le domaine du rail, des transports collectifs, du routier, mais aussi dans l'entretien de toutes ces infrastructures. Je vois également un avenir dans le traitement et l'alimentation en eau, les stations d'épuration et les infrastructures énergétiques. Aujourd'hui, il y a de grands centres de données, de gros développements dans le stockage d'énergie et la distribution d'énergie. C'est là aussi que je vois le développement pour le groupe.

Le chantier Rolex, c'est l'un de vos plus gros chantiers ? Quels sont vos autres grands chantiers ?

Pour Rolex, on ne mène pas le chantier seul. Vu l'ampleur du chantier, nous sommes plusieurs entreprises liées par un consortium. Mais, par l'ampleur du chantier, oui, c'est le plus gros chantier auquel on a jamais participé. Aujourd'hui, en termes de technologie, de logistique et aussi de planification, c'est un chantier qui est un prototype, parce que tous nos chantiers sont des prototypes. Mais ce chantier est particulièrement source d'enseignement pour nous. On participe aussi en parallèle maintenant au chantier de la gare de Lausanne.

Pour terminer, place à quelques questions-réponses sur le vif. Jacques Pasquier, vous vous levez à quelle heure le matin ?

Entre cinq heures et demie et six heures.

Vous êtes stressé au quotidien ?

Non, toujours assez calme.

Vous avez combien de chantiers ouverts en ce moment ?

Si vous dites des chantiers ouverts du point de vue administratif, entre 300 et 400. Mais ouverts avec des employés sur place, une centaine environ. 

Que diriez-vous aux personnes qui s'opposent à l'ouverture ou à l'extension de gravières ?

Venez visiter nos gravières! Souvent, quand on fait opposition, c'est qu'on connaît mal les choses. Les gravières, ce sont des exploitations sur une durée déterminée. Elles ont un début et une fin.

Le chiffre d'affaires du groupe ?

Le chiffre d'affaires n'est pas publié, donc je ne vais pas vous le dire.

Un mot sur les 100 ans de JPF ?

On espère que ce sera une fête intéressante. On pourra dire merci à nos clients, dire merci à tous ceux avec qui on a travaillé, puis aussi un grand merci à nos collaborateurs, nos anciens directeurs, nos anciens cadres, etc., qui nous ont accompagnés durant tous ces 100 ans.

Le but aussi de ces 100 ans, c'est d'ouvrir les portes vers les années futures, d'intégrer aussi mes enfants, la nouvelle génération qui arrive maintenant de manière opérationnelle dans le cadre du groupe.

Donc 100 ans, ce n'est pas une fin en soi. C'est vraiment un début, une ouverture des portes sur l'avenir.

RadioFr. - Loïc Schorderet
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