Gumefens: un "massacre à la tronçonneuse" interpelle

Une rive du lac de la Gruyère a été rasée de ses arbres, surprenant ses habitués. Groupe E invoque la sécurité, en pleine sécheresse.

Une quarantaine de saules ombrageait ce coin du lac de la Gruyère. © DR

Il ne reste que des souches à vif là où familles, retraités et plaisanciers viennent d'habitude chercher un peu de fraîcheur au bord de l'eau, à Gumefens. "C'est un massacre à la tronçonneuse", lâche carrément un habitué du lieu qui a contacté notre rédaction.

Ce coin auparavant ombragé de la rive du lac de la Gruyère, juste en face du camping, accueille selon lui "une petite communauté". A quelques pas des bateaux amarrés, un couvert et un foyer invitent à la rencontre. La disparition soudaine de la végétation a suscité l'incompréhension.

Groupe E invoque la sécurité

Contacté, Groupe E confirme avoir procédé la semaine dernière à la coupe d'une quarantaine d'arbres pour des raisons de sécurité. Les souches de ces saules — une essence répandue autour du lac, car elle tolère bien les variations de niveau propres à ce plan d'eau artificiel — pourront repousser naturellement, assure la porte-parole de Groupe E. Il faudra toutefois plusieurs années pour retrouver un ombrage comparable.

Le manque de précipitations fragilise le peuplement local. "Un arbre affaibli par la sécheresse voit ses branches devenir cassantes, capables de se détacher et de tomber même sans vent", alerte Alexandre Magnin, garde-forestier de la Corporation forestière Berra Gibloux. Un risque que les autorités jugent particulièrement sensible sur un site aussi fréquenté.

Pour éviter le même risque de chute, une vingtaine de saules ont aussi été abattus du côté de Corbières, dans le cadre de la convention entre l'énergéticien et l'Etat de Fribourg, propriétaire, pour l'entretien des rives du lac. 

Au-delà de la sécheresse, un contexte judiciaire 

La fragilité des arbres n'explique pas tout, selon nos interlocuteurs, qui évoquent aussi un contexte particulier: la condamnation récente d'un garde forestier fribourgeois pour la chute d'un arbre qui avait rendu une promeneuse paraplégique en 2020 dans une forêt du district de la Veveyse. Un jugement qui a surpris la profession après un premier acquittement. "Ce n'est que le début d'une problématique plus large sur les responsabilités en cas d'accident", estime Alexandre Magnin. Groupe E, de son côté, dit accroître sa vigilance.

Frapp - Alexia Nichele
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