Crise du logement: "Cela devrait émouvoir les politiques"
Pierre Mauron quitte l'association de défense des locataires (ASLOCA), après quinze ans d'engagement. Quel bilan en tire-t-il? Interview.

RadioFr.: Commençons par le positif. Quels progrès ont-ils été accomplis selon vous depuis votre accession à la tête de l'Association de défense des locataires, l'ASLOCA Fribourg, en 2011?
Pierre Mauron: Une belle réussite que je citerais en premier, c'est la création de l'Observatoire du logement. Il offre une vision en temps réel du coût des loyers, du type de logement qu'il faudrait construire, et des informations beaucoup plus précises sur la pénurie. On voit par exemple aujourd'hui que les loyers sont plus chers à Châtel-Saint-Denis qu'à Fribourg!
En quinze ans, le nombre de membres de l'ASLOCA a aussi beaucoup augmenté. C'est une bonne nouvelle ou cela veut dire que les locataires sont de plus en plus en difficulté?
Effectivement, il y avait environ 5000 membres quand j'ai commencé; il y en a aujourd'hui 9250. Dans le canton de Fribourg, environ la moitié de la population est locataire. Mais le fait de réunir de plus en plus d'adhérents nous permet d'avoir un budget plus important pour soutenir la politique du logement, au niveau cantonal et fédéral, et pour assurer de meilleurs services aux locataires.
Justement, des permanences juridiques existent maintenant à Fribourg, Romont et Bulle. À quoi servent-elles?
Elles permettent d'obtenir des premiers renseignements sur la procédure à suivre en cas d'augmentation de loyer ou de défaut dans l'appartement. Et pour des problèmes un peu plus compliqués, il y a même la possibilité d'obtenir des rendez-vous chez les avocats-conseils d'ASLOCA. Il y en a une dizaine. Parfois, une lettre au bailleur permet de résoudre une contestation de loyer.
Le canton de Fribourg est l'un des seuls à ne pas disposer d'une loi sur le logement.
Quel est votre plus gros regret, une bataille qui vous tenait à cœur et que vous n'avez pas réussi à gagner en 15 ans?
J'avais déposé, avec une autre députée, une motion en 2016 pour réclamer une loi sur le logement. Depuis, elle a été rejetée une deuxième fois. Actuellement, le canton de Fribourg est l'un des seuls à ne pas disposer d'une loi sur le logement, à ne pas avoir de politique concrète du logement.
Qu'est-ce qu'on fait pour mettre sur le marché des logements à prix abordables? Pour encourager la création de coopératives du logement? Qu'est-ce qu'on fait également, alors que c'est un droit constitutionnel, pour inciter les gens et les aider à devenir propriétaires?
Il y a vingt ans, on pouvait acheter un appartement ou une maison à des prix raisonnables. Aujourd'hui, lorsque l'on entend que les personnes qui ne sont pas fils ou filles de propriétaires ne seront jamais propriétaires dans ce canton, cela devrait émouvoir un peu plus la classe politique.
Le Canton a-t-il vraiment une marge de manœuvre?
Oui, le Canton pourrait inciter les communes à garder leurs terrains ou à devenir propriétaires, afin qu'elles puissent construire elles-mêmes des immeubles d'habitation et en retirer les locations. Si les communes mettent elles-mêmes des appartements sur le marché à des prix plus bas, cela fera régresser les loyers.
De nombreuses communes n'ont plus - ou presque - de zones à bâtir... Elles font face à des charges en hausse. Est-ce qu'elles ne sont pas coincées?
C'est un problème, mais la planification se fait sur 15 ou 20 ans. Certes, beaucoup de zones ont été construites aujourd'hui. Mais on va remettre en zone d'autres terrains. Il faut réfléchir maintenant pour régler le Fribourg de dans deux décennies.
Plus généralement, la plus grande partie des locataires voit son sort réglé uniquement avec les questions politiques. Le droit du bail est fédéral. Il se passe à Berne. Et la réglementation est souvent cantonale.
C'est aussi pour cela qu'il est important d'avoir des relais au Grand Conseil à Fribourg et au Parlement fédéral. En ce sens, la nouvelle présidente de l'ASLOCA, Marie Levrat, comme députée au Grand Conseil, jouera un rôle essentiel.


