"La situation actuelle de l'immobilier me fâche"
Marie Levrat reprend la présidence de l'ASLOCA Fribourg, alors que la situation actuelle de l'immobilier est difficile. Interview.
La Télé : Que vous inspire la situation actuelle de l'immobilier?
Marie Levrat : Cela ne me surprend pas, mais elle me fâche. Dans le canton de Fribourg, la Constitution prévoit une facilitation de l'accession à la propriété. Dans ce cadre-là, on n'a presque aucune possibilité d'accéder à la propriété, si ce n'est par l'héritage. On a une génération qui ne pourra jamais y accéder. Le canton de Fribourg est inactif sur cette problématique.
Est-ce que Bulle est un exemple isolé ou est-ce représentatif du canton de Fribourg ?
C'est représentatif du canton de Fribourg. Bien sûr, Bulle est un exemple exacerbé de la situation. La situation sur le marché locatif est terrible dans tout le canton de Fribourg. La pénurie est importante et le Conseil d'Etat refuse d'agir. En même temps, entre 2005 et 2025, les loyers ont augmenté de 32%. Je vous laisse faire le calcul avec les salaires, mais ils n'ont pas augmenté de cette manière-là. On a des gens qui n'arrivent plus payer leur loyer. Ils ne déménagent plus car ils auront des loyers encore plus chers. C'est le serpent qui se mord la queue. On a des personnes qui sous-occupent leur logement, comme les personnes âgées qui sont dans leur logement depuis 20 ans. Ces personnes-là, même si elles voulaient déménager, ne pourraient pas, car les prix sont trop élevés. Elles sont dans des trois-pièces ou quatre-pièces et demie qui seraient utilisables par des familles qui ne trouvent actuellement pas de logement.
Comment faire pour contrôler les loyers?
On a déposé une initiative en juin 2026 pour contrôler les loyers. Le problème actuel est que les loyers prennent l'ascenseur alors que le taux hypothécaire descend. Le nombre de gros propriétaires augmente lui aussi, alors que nous avons de moins en moins de petits propriétaires qui ont par exemple un immeuble. Ces problématiques se répercutent sur les loyers. L'initiative de l'ASLOCA permettrait de contrôler les loyers et les rendements. On a un droit du bail qui est présent donc on peut protéger les locataires. Souvent, les locataires ne connaissent pas leurs droits. Certains gros propriétaires font des rendements abusifs et les locataires ne le savent pas. L'ASLOCA aimerait inverser la tendance et contrôler les loyers de manière ponctuelle et répétitive, pour que ceux-ci ne soient pas abusifs.
Vu la situation, l'avenir ne semble pas tout rose pour les locataires.
Non, je ne pense pas. Mais je pense aussi qu'il y a énormément de choses à faire. J'espère que la pression populaire, comme on l'a vu en Espagne, est là pour bouger les politiques. Aujourd'hui, il y a plus de 60% de locataires en Suisse et on a un Grand Conseil qui ne vote absolument rien en faveur des locataires. Durant la dernière législature, la seule chose que la majorité a faite, est de rendre payant l'accessibilité au Tribunal des baux alors que, jusqu'à maintenant, elle était gratuite.
Vous succédez à Pierre Mauron qui était président pendant 15 ans. Vous signez aussi pendant 15 ans ?
J'espère. J'espère avoir la même fougue dans la défense des locataires.


