"On constate la hausse de la violence dans notre quotidien"

La police cantonale a présenté ce lundi son rapport d'activité 2025. Entretien avec Philippe Allain, commandant de la police fribourgeoise.

Derrière des infractions globalement stables, les violences se sont durcies, la détresse sociale a explosé et les effectifs peinent à suivre. © La Télé

La Télé: Philippe Allain, la criminalité se stabilise, mais les actes sont plus violents. On note par exemple une hausse de 46% des violences graves par rapport à 2024. Qu’entend-on par "violences graves" et comment expliquez-vous cette brutalité croissante?

Ce sont des chiffres qui ne font pas plaisir. Par lésions corporelles graves ou violences graves, on désigne les atteintes durables à l’intégrité physique ou sexuelle d’une personne. Cette augmentation, la police la constate dans son quotidien. Elle s’explique par des facteurs multiples, mais je pense que les rapports sociaux évoluent et que le recours à la violence augmente malheureusement.

La société fribourgeoise – ou suisse – est-elle devenue plus violente selon vous?

C’est un constat généralisé dans tous les cantons suisses, et même en Europe. D’un côté, la manière de régler des différends se radicalise et devient plus violents. De l’autre, la tolérance à la violence baisse: les personnes sont moins prêtes à accepter certaines situations et n’hésitent plus à se tourner vers les autorités.

Parmi les drames qui ont marqué le canton, il y a les féminicides d’Epagny et de Givisiez. La police fribourgeoise est-elle préparée à ce type de violence?

Pour intervenir en cas de prise d’otages ou de violences graves, la police cantonale a toutes les ressources pour le faire. Nous avons aussi une unité de gestion des menaces pour prévenir ce genre d’infractions. Nous ne travaillons pas seuls, mais en réseau. La question, c’est de savoir combien de ressources nous avons pour mettre ces réseaux en place et assurer le suivi des cas problématiques. Là, nous sommes un peu justes.

Depuis ces drames, il y a une prise de conscience indéniable. Les autorités ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps. La police n’est pas leader dans ce dossier, mais nous sommes un moteur de la solution. Nous contribuons activement à la future loi sur les violences domestiques qui devrait bientôt voir le jour.

Autre sujet: la cybercriminalité. Vous évoquez un préjudice de 12 millions de francs l’an passé, notamment avec les escroqueries aux faux policiers. Comment faites-vous pour vous adapter?

Il faut d’abord connaître le phénomène et le voir évoluer. Ceux qui veulent faire du mal aux autres ont souvent un coup d’avance, et les outils informatiques accélèrent la commission des délits. Il faut donc comprendre ce qui se passe, détecter tôt, puis mettre en place des stratégies de prévention pour que les gens soient attentifs et déjouent les stratégies adverse ou d’enquête pour anticiper, stopper ou arrêter les auteurs. Nous progressons, mais 12 millions de francs, c’est énorme. Dans le cyber, les auteurs sont souvent à l’étranger. Pour l’instant, nous subissons encore.

Cela signifie-t‑il que l’argent n’est pas récupéré?

Quand l’annonce est faite suffisamment tôt et que nous avons assez d’informations, nous pouvons stopper les flux financiers. C’est pourquoi il ne faut pas du tout avoir honte de porter plainte, mais si je sais que c'est facile à dire. Nous ne sommes pas là pour juger, mais pour enquêter et, si le temps nous est donné, bloquer les fonds.

Sur Internet et les réseaux sociaux, on a vu récemment des cas de cyberharcèlement, par exemple au CO de La Tour-Trême. Il y a eu des policiers sur place, est-ce une procédure standard?

Chaque fois qu’il y a du harcèlement, qu’il soit cyber ou non, l’important pour la victime est de se tourner vers une personne de confiance ou une autorité. Dans le cadre scolaire, des ressources existent au sein de l'école. Nous mettons ensuite en place un réseau avec les acteurs concernés, et nous adaptons le dispositif à chaque situation, sur mesure. Un cas n’est jamais identique à un autre.

Ça reste des enfants ou des adolescents, on ne va pas non plus arriver à chaque fois avec l'appareil sanction. L’enjeu est de restaurer des relations humaines acceptables et durables. Cela passe aussi par une discussion sur ce qu’est le harcèlement et ce qui est acceptable. Ces phénomènes sont en augmentation, les victime acceptent de moins en moins et elles ont raison.

La Télé - François-Pierre Noël / Mattia Pillonel
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