Châtel-St-Denis et Baradero, un rapprochement né au 19e
Une exposition photo fête les 20 ans du rapprochement entre Châtel-St-Denis et Baradero. Mais leur histoire est bien plus ancienne. Christophe Mauron revient sur cette amitié.
L'exposition "Châtel-St-Denis et Baradero. Villes-soeurs depuis 20 ans" fête le rapprochement officiel opéré en 2006 entre les deux villes. L'histoire entre les deux, elle, remonte il y a bien plus longtemps. Christophe Mauron, président de l'association Baradero-Fribourg revient sur cette amitié. Interview.
La Télé: Cette amitié remonte jusqu'au 19e siècle?
Christophe Mauron: Oui effectivement, c'est une histoire qui remonte au milieu du dix-neuvième! Cinq familles sont parties de Châtel Saint-Denis en Veveyse en octobre 1855. Elles avaient reçu un petit soutien de la commune pour émigrer et puis elles se sont retrouvées sur place où elles se sont installées le 4 février 1856.
Si on prend les conditions de l'époque, pour s'embarquer dans un tel voyage il faut être complètement fou, non?
Il faut être un peu inconscient effectivement. C'est un voyage de deux à trois mois, sur des bateaux qui ne sont pas encore à vapeur. Les voyageurs logent dans dans l'entrepont, donc juste sous le pont. Les conditions sont assez sommaires voire difficiles, il y a pas mal de gens qui tombent malades pendant ces voyages et parfois des décès. Donc oui, c'est une aventure assez incroyable.
Quelles sont les motivations de ces Veveysans à partir en Argentine?
Principalement l'agriculture et l'accès à la terre et surtout à des terres plus grandes que celles qu'on pouvait avoir dans le canton de Fribourg à l'époque. Au 19e, les conditions de vie s'améliorent. On a de plus en plus d'enfants qui arrivent à l'âge adulte mais le canton de Fribourg n'est pas extensible. Avec cette économie du fromage et de l'agriculture, le canton ne parvient pas à donner du travail à tout ce monde. Donc, il y a une partie des gens qui part et parfois très loin comme en Argentine ou au Brésil.
En 1992, l'association Baradero Fribourg voit le jour dans ce contexte d'échange entre Châtel-Saint-Denis et l'Argentine?
Exactement, il y a tout un volet culturel. Les Suisses sur place ont créé une société suisse, ils ont construit une maison suisse. Et en 1992, il y a un groupe de Fribourgeois qui décide de créer une association pour maintenir ces liens et faire des activités culturelles pour le présent et parfois pour l'avenir aussi.
Il ne s'agit donc pas uniquement d'être dans la nostalgie d'un passé un peu idéalisé. Au contraire, on organise des échanges de jeunes, des cours de langue, des expositions, des livres, etc. Et il y a cette expo de photos qui va marquer une nouvelle étape dans ces relations entre Châtel-Saint-Denis et Baradero.
Quel est le rôle de l'association?
Le but est de faire dialoguer les deux cultures parce qu'on est intéressé par les descendants des Suisses en Argentine, mais par les Argentins eux-mêmes. Aujourd'hui, y compris dans la société suisse de Baradero, il y a beaucoup de gens qui sont simplement intéressés par ces échanges culturels avec la Suisse.
On investit également beaucoup de temps et d'argent pour rénover la maison suisse de Baradero (Casa Suiza) qui est aussi un lieu de rencontre, d'échange, d'animation culturelle pour cette ville de presque quarante mille habitants.
Elle ressemble à quoi cette ville?
A Châtel, il y a neuf mille habitants à peu près. Baradero il y en a environ quarante mille. C'est une ville avec une jolie place centrale, avec des arbres, avec des fleurs violettes comme ça, une église, etc. Le centre historique est assez joli. La ville est organisée en quadrilatère ce qui est assez typique de ces villes de l'ancien empire espagnol.
Et donc, autour de la ville, vous avez des grands terrains agricoles où sont arrivés ces Suisses au milieu du dix-neuvième.
A l'heure actuelle combien de Suisses ou de personnes qui ont des origines suisses vivent à Baradero?
On a fait une estimation et sur les quarante mille habitants, il y en a environ la moitié qui ont des origines suisses. Ils ne le savent pas toujours car ils ne sont pas tous passionnés des relations avec la Suisse mais ça représente quand même une population considérable. Ce qui fait à peu près le même nombre d'habitant qu'en Veveyse.


