Encore dans le rouge, "Cremo n'est pas à vendre"
Le groupe laitier fribourgeois a enregistré une nouvelle perte, de 17 millions de francs. Le directeur d'Elsa Group rejoindra le Conseil d'administration.
Le groupe laitier fribourgeois Cremo a présenté jeudi matin ses résultats 2025 lors d'une conférence de presse à Villars-sur-Glâne. C'est le sixième exercice consécutif dans le rouge pour le transformateur de lait, avec une perte nette de 17,1 millions, légèrement supérieure aux 16,9 millions perdus en 2024. Le chiffre d'affaires est en recul de 6,1% à 473,6 millions de francs. "Les changements engagés ces dernières années n'ont pas produit les effets attendus", admet la direction.
Le groupe invoque l'incendie survenu en mars 2025 dans sa fromagerie, qualifié d'événement le plus marquant de l'exercice, qui a pesé sur les livraisons. Plus globalement, l'entreprise a sous-investi pendant des années. Elle ne répond plus aux standards de production industrielle d'aujourd'hui et doit investir, dans des nouvelles machines notamment. "Il faut qu'on retrouve les chiffres noirs en 2027 pour assurer l'avenir", reconnaît Georges Godel, président du Conseil d'administration.
Restructuration engagée
Face à cette situation, le conseil d'administration avait pris les devants dès l'automne dernier: le directeur général Ralph Perroud a été remercié en novembre, remplacé par Xavier Monange. La direction générale a été resserrée, de neuf à sept membres. Et depuis janvier 2026, les embauches sont gelées, les départs naturels non remplacés.
L'entreprise se recentre sur ses activités de base — beurre, poudre de lait, fromages AOP — et met entre parenthèses plusieurs projets de recherche et développement. Xavier Monange a résumé la priorité du moment: "Un retour aux fondamentaux, avec un changement de culture industrielle dans l'entreprise."
Seul point de satisfaction affiché: Lattesso, la gamme de cafés froids, progresse de 5% avec plusieurs nouveaux produits lancés ou à venir, à base de matcha ou enrichis en protéines.
Cremo souligne également avoir transformé 333 millions de kilos de lait en 2025, soit 10% de plus que prévu, assurant ainsi des débouchés à ses producteurs affiliés dans un marché marqué par la surproduction.
Une gouvernance sous tension
L'entreprise a présenté ses chiffres dans un contexte de gouvernance particulièrement agité. En mars 2026, cinq des neuf administrateurs ont démissionné ou annoncé leur retrait, dont trois avec effet immédiat, pour protester contre la manière dont le président du conseil d'administration Georges Godel a conduit la réforme de la gouvernance, accusé par certains d'agir en "cavalier seul".
L'assemblée générale du 11 juin prochain sera appelée à élire trois nouveaux administrateurs. Parmi eux, Matthew Robin, qui a passé près de quinze ans à la tête d'Elsa Group, la filiale laitière de Migros Industrie. Il ne rejoindra Cremo qu'au 1er janvier 2027, le temps d'être formellement libéré de ses fonctions chez Migros.
Le transformateur fribourgeois a d'ailleurs mis fin aux rumeurs: "Il n'y a pas de rapprochements avec la Migros", a répondu Xavier Monange. "Cremo n'est pas à vendre, ni aujourd'hui, ni demain. Le seul point discuté: augmenter notre chiffre d'affaires de produits, comme auprès de tous nos clients."
Le CEO Xavier Monange est lucide: "Des décennies de sous-investissement, de sous-maintenance, voire de sous-formation...tout ça prend du temps à redresser." Mais il y a des signaux positifs. Au premier trimestre 2026, le budget est tenu. "C'est la première fois depuis de nombreuses années", selon le directeur général.


