Dépouillement, cybersécurité: les coulisses des élections
Comment les communes dépouillent-elles les bulletins de vote? Comment le Canton anticipe-t-il les attaques ou les pannes? Décryptage.

"On sous-estime souvent la pression qu'il y a un dimanche dans un bureau électoral!", lance Nicolas Fellay, responsable des droits politiques à la Chancellerie de l'État de Fribourg. Car lors de chaque dimanche de votation ou d'élections – et ce sera le cas les 8 et 29 novembre prochains – dans l'ombre, des équipes sont mobilisées dans chaque commune pour dépouiller les bulletins de vote et faire remonter les résultats au Canton.
Habituée de ces rendez-vous, la secrétaire communale de Vuadens confirme cette agitation particulière. Et le stress qui avec: "Parfois à midi, on entend déjà des premières tendances, alors que, nous, on n'a pas encore fini de dépouiller..."
Des volontaires parfois rémunérés
Comment se passe concrètement le dépouillement? La loi laisse la liberté aux communes de s'organiser. Et chaque commune a sa recette, selon Nicolas Fellay. "Dans certaines communes, chaque parti politique doit être présent. Dans d'autres, c'est neutre. Dans certaines grandes communes, il y a toujours des jeunes intéressés à venir dépouiller et gagner quelques sous le dimanche. En revanche, dans les petites communes rurales, c'est plus compliqué de trouver du monde."
Le dépouillement se fait d'ailleurs de moins en moins à la main. Aujourd'hui, 80% des communes fribourgeoises, soit 95 sur 119, utilisent une machine spéciale, conçue pour scanner les bulletins de vote et transmettre les résultats à un programme dédié.
Plus rapide, moins d'erreur
Cet outil simplifie la vie des responsables. "Elle permet de gagner beaucoup de temps, environ deux heures. Lors des votations par exemple, on n'a plus besoin de faire venir les scrutateurs à 7h ou 8h, le dimanche matin", illustre Alain Wirz, administrateur communal à Val-de-Charmey.
La commune gruérienne utilise cette machine depuis le mois de juin et l'a éprouvée lors de deux votations déjà. Elle est conquise. Les risques d'erreur sont aussi réduits. Et, en cas de doute — une tâche ou une coche qui dépasse – la machine alerte. Il y a toujours un contrôle humain. Si des questions persistent, sur la nullité d'un bulletin par exemple, la commune peut toujours appeler la préfecture de son district pour un conseil.
On a bloqué l'accès à notre système à des pays comme la Russie, l'Inde ou la Chine.
Si le cas est complexe, ou le problème technique sérieux, un téléphone cassé qui empêche une authentification par exemple ou un oubli du mot de passe le jour du dépouillement, la commune peut se tourner vers la Chancellerie. Une équipe d'une dizaine de personnes est mobilisée pour faire face aux imprévus.
Et pour que tout se passe bien le jour-J, le Canton travaille aussi en amont, notamment pour se protéger des cyberattaques et d'éventuelles tentatives d'ingérence. La menace s'est accentuée depuis 2023. "Des mises à jour de sécurité sont réalisées chaque mois. On a aussi bloqué des pays, comme la Russie, l'Inde ou la Chine, pour les empêcher d'accéder à notre système", précise Nicolas Fellay, responsable des droits politiques.
Des scénarios de crise
Enfin, les risques de panne sont anticipés. Différents scénarios de crise existent. En cas de coupure d'électricité générale, ou de panne chez Swisscom, un système sera mis en place pour que tout le monde puisse travailler sans liaison Internet. En tout cas jusqu'au moment de la transmission des résultats. "De nombreux tests sont réalisés en amont. Mais on ne peut pas tout prévoir!"


