Elections cantonales: "on est dans le calcul électoral"
À six semaines des élections, Philippe Huwiler décrypte une course au Conseil d’État très encadrée par les alliances, dans Fribourg Fait Maison.
Les élections cantonales du 8 novembre se rapprochent et, avec elles, une question: les Fribourgeoises et les Fribourgeois auront-ils réellement le choix? Alors que les grandes alliances de gauche et de droite ont désormais presque toutes leurs cartes en main, la course au Conseil d’État semble déjà largement balisée.
Invité de Fribourg Fait Maison, le journaliste de La Gruyère Philippe Huwiler analyse les stratégies des partis, le poids des candidatures régionales, la place des femmes, les chances des nouveaux venus et les risques de tensions au sein des alliances. Avec un constat: derrière les tickets soigneusement composés, le suspense pourrait être plus limité qu’il n’y paraît.
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L'interview de Philippe Huwiler dans Fribourg Fait Maison:
La Télé/RadioFr: Les grandes alliances ont-elles tué le suspense de l’élection?
Philippe Huwiler: C’est difficile à dire avant l’élection. Mais oui, c’est clair que c’est verrouillé. Depuis 2011, on voit que les alliances larges fonctionnent. À partir du moment où le Centre, le PLR et l’UDC se retrouvent ensemble, ils ont une stratégie qui leur permet de défendre leurs sièges. On oublie aussi assez vite que c’est une élection de personnes. Et c’est là que je trouve que l’élection est intéressante: malgré toutes les stratégies des partis, une personnalité indépendante peut toujours créer la surprise.
Mais les candidats écartés lors des primaires ne représentent-ils pas justement un choix supplémentaire qui disparaît pour les électeurs?
Oui. Ces élections sont déjà en partie "phagocytées" à l’interne des partis. On l’a vu avec Simon Zurich à gauche ou David Fattebert au Centre. Ce sont des candidats de valeur qui restent sur le carreau avant même que la population puisse se prononcer. Et puis, surtout à droite, on est quand même dans une logique très électoraliste. Du Centre jusqu’à l’UDC, il y a une différence idéologique importante. Elle disparaît pourtant, tous les cinq ans, derrière une liste commune. Mais ces différences réapparaissent pendant la législature.
Quand les blocs décident à l’avance du nombre de candidats qu’ils présentent, on sait déjà largement où vont se trouver les sept futurs conseillers d’État. Le choix de l’électeur reste donc limité.
Les grandes alliances donnent donc davantage l’impression de chercher à gagner que de défendre un projet commun?
C’est exactement la question. Il y a une logique de protection des sièges sortants et de recherche d’un maximum de voix. Le Centre, par exemple, a très clairement cherché des profils capables de drainer des voix, avec une femme et un Alémanique. Je comprends cette stratégie. Mais quand les blocs décident à l’avance du nombre de candidats qu’ils présentent, on sait déjà assez largement où vont se trouver les sept futurs conseillers d’État. Le choix de l’électeur reste donc limité.
À gauche, le PS présente trois candidates. Est-ce une stratégie qui peut lui permettre de reprendre du terrain?
Je pense que cela ouvre quand même le jeu. Le PS peut être accusé de ne pas avoir assez d’ambition, mais présenter trois candidates montre au contraire que le parti veut récupérer le siège qu’il a perdu. Le fait d’avoir des personnalités fortes venant de différentes régions est aussi important. Il y a un véritable calcul électoral derrière cela. Les partis cherchent à représenter les différentes composantes du canton et à maximiser leurs chances.
Lise-Marie Graden est la locomotive du ticket socialiste. Mais Kirthana Wickramasingam et Stephanie Tschopp sont moins connues. Est-ce un handicap?
La campagne sera très importante. Kirthana Wickramasingam est déjà députée au Grand Conseil, donc elle dispose d’une certaine visibilité. Stephanie Tschopp est peut-être moins connue. Mais une campagne sert justement à se faire connaître. Et dans une élection cantonale, il faut réussir à faire campagne dans tout le canton. On ne vote pas uniquement pour quelqu’un de son district. C’est une élection à l’échelle de Fribourg.
Sylvie Bonvin-Sansonnens (Vert·e·s), seule femme actuellement au Conseil d’État, peut-elle être fragilisée par cette bataille à gauche?
Oui, son siège est en tout cas vacillant. Il y a notamment une rancœur qui subsiste dans certaines régions autour de l’affaire Frédéric Ducrest. On peut l’entendre sur le terrain. Mais ce qui pourrait être intéressant, c’est le risque d’une véritable guerre interne à l’alliance de gauche entre les socialistes et les Vert·e·s. Le PS veut récupérer un siège, mais il faut bien comprendre que s’il le récupère, ce sera nécessairement au détriment d’un autre parti.
Il existe un grand écart entre les partis qui composent les alliances.
Vincent Pfister, du Centre Gauche, peut-il venir bousculer cette hiérarchie à gauche?
C’est possible. Cela s’est déjà produit par le passé. Vincent Pfister est député, il connaît ses dossiers et il a une certaine assurance dans ses interventions. Son profil d’infirmier peut aussi lui permettre de toucher le monde des soins, qui traverse aujourd’hui beaucoup de difficultés. Maintenant, savoir s’il peut réellement bousculer l’ordre établi, c’est difficile à dire. Il y a cinq candidats à gauche pour trois sièges visés, et les rapports de force restent très ouverts.
Au-delà de l’élection, qu’attendez-vous du prochain Conseil d’État?
J’aimerais surtout voir davantage de capacité à faire des compromis. On a vu durant cette législature des projets défendus par une majorité de cinq conseillers d’État de droite ou de centre droit qui se sont ensuite retrouvés en difficulté au Grand Conseil. Cela montre qu’il existe encore un grand écart entre les partis qui composent les alliances. On peut former une alliance pour gagner une élection, mais cela ne signifie pas forcément qu’on a le même programme politique pour les cinq années qui suivent.
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