F-35: 30 millions "dérisoires" pour lutter contre le bruit
Le Conseil national a validé 30 millions pour limiter les nuisances du F-35 notamment autour de Payerne. Les riverains réclamaient 88 millions.

Après le Conseil des Etats, le National a voté mardi le message sur l’armée 2026 qui prévoit une rallonge de 394 millions supplémentaires pour l'achat de 30 appareils F-35. Compris dans ce montant, un autre chiffre provoque la colère des riverains des aérodromes militaires de Meiringen (BE), Emmen (LU) et de Payerne dans la Broye valdo-fribourgeoise: 30 millions de francs calculés par le Conseil fédéral pour renforcer l’isolation acoustique des bâtiments des riverains des trois bases militaires.
Une enveloppe largement insuffisante selon les associations de riverains concernés, qui réclamaient 88 millions. La CESAR (la Coalition environnement et santé pour un transport aérien responsable) fustige une décision qui laisse la population face à une hausse annoncée des nuisances sonores.
«Un calcul à la louche»
Pour Cédric Péclard, député au Grand conseil fribourgeois et président de l’Association pour la sauvegarde des intérêts des communes riveraines de l’aérodrome de Payerne (ASIC), le montant défendu par le Conseil fédéral n'est pas étayé. Il dénonce une estimation au doigt mouillé. "Les autorités ont décrété 30 millions, mais sans faire l’étude de chaque bâtiment sur la manière de les assainir", explique-t-il. Des bureaux d’ingénieurs doivent encore se rendre sur place afin d’évaluer les travaux nécessaires. Selon Cédric Péclard, les 88 millions demandés auraient permis "une plus grande souplesse."
Manque de considération
La comparaison entre les surcoûts accordés pour les F-35 et le montant alloué aux riverains des aérodromes concernés par ce nouvel avion de chasse est difficile à accepter. "Ils ont voté une enveloppe de 394 millions supplémentaires. On voit que beaucoup d’argent est dépensé pour l’achat de ces avions, mais très peu est pris en considération pour les riverains," déplore Cédric Péclard. La CESAR relève de son côté que plus de six milliards sont prévus au total pour l’acquisition des nouveaux avions de combat, quand seulement 30 millions sont destinés à l’assainissement autour des trois aérodromes.
La question de la protection contre le bruit passe absolument sous silence à Berne.
Pour le président de l'ASIC, davantage de moyens auraient permis d'élargir le périmètre des riverains concernés par l'assainissement de leur logement. Cédric Péclard cite notamment le cas de la commune de Morrens, où une moitié du village aura droit à des aides mais pas l’autre moitié alors que tous les habitants sont concernés. La CESAR ajoute que souvent deux maisons directement voisines, parfois séparées par une simple rue, peuvent être soumises à des règles différentes.
La coalition rappelle que le nouvel appareil est présenté comme plus bruyant que le FA-18 actuellement en service. Dans son communiqué, la CESAR estime que la population risque d’être perdante en subissant davantage de bruit sans bénéficier d’une protection suffisante.
Pour Delphine Klopfenstein-Broggini, co-présidente de la CESAR et conseillère nationale Verte, le débat dépasse le seul montant de 30 millions. Elle dénonce une politique militaire dans laquelle "la question de la protection contre le bruit passe absolument sous silence". Selon elle, la pollution sonore reste insuffisamment prise en compte alors qu’elle a un impact sur la santé et représente également un coût pour la société.
La bataille continue
Cédric Péclard avait rencontré en août dernier le conseiller fédéral en charge de l'armée, Martin Pfister, en compagnie des autres associations de riverains pour le convaincre de revoir sa copie, mais sans succès.
Malgré l'acceptation de l'enveloppe de 30 millions de francs par les deux chambres à Berne, le Broyard compte poursuivre les discussions avec les autorités fédérales. "On a la chance d’avoir en permanence, plusieurs fois par année, des discussions avec le DDPS, armasuisse et les Forces aériennes", rappelle Cédric Péclard. Ces prochaines rencontres seront l’occasion de remettre la question du financement sur la table pour en permanence essayer d’avoir le maximum." Les F-35 du constructeur américain Lockheed Martin devraient voler en Suisse à la mi-2028.


