Fribourg déplace sa frontière avec le canton de Vaud
Plusieurs bornes historiques ont été déplacées pour marquer la nouvelle frontière autour de Siviriez, dans la Glâne.
Ils sont les témoins d'une autre époque. De la Dent de Ruth au lac de Neuchâtel, des centaines de piliers en grès marquent la limite entre les cantons de Vaud et Fribourg. Installés entre le 16e et le 19e siècle, ils sont pour certains gravés des armoiries cantonales, pour d'autres d'un simple "V" et "F" pour indiquer de quel côté de la frontière l'on se trouve.
Mais voilà, la limite entre les deux territoires a bougé depuis leur installation. C'est le cas à Siviriez, dans la Glâne, où le remaniement parcellaire entré en vigueur en 2022 a redessiné la frontière cantonale.
Cette semaine, une équipe a été chargée de replacer ces bornes historiques, pesant chacune plusieurs centaines de kilos, sur la frontière officielle. Le cabinet de géomètre GéoSud, chargé de la direction technique du remaniement parcellaire, a expliqué lors d'un point presse mardi que ces travaux n'avaient pas été réalisés plus tôt en raison des restrictions sur l'utilisation d'engins de chantier sur des terres agricoles.
Taillés dans le grès
Au milieu des champs, un petit groupe d'ouvriers creusent le sol au tractopelle. Ils doivent planter la borne un bon demi-mètre sous le surface. L'emplacement a été calculé avec précision, car ces repères ont encore une réelle utilité. "Très concrètement, l'exploitant doit savoir où s'arrête sa parcelle", relève Pierre Dumas, ingénieur géomètre pour GéoSud. "Le plus efficace reste un point marqué sur le terrain et un piquet à côté."
Ces vestiges d'anciennes frontières conservent aussi une importance patrimoniale. Deux historiens, Jean-Pierre Anderegg et François Chappuis, en ont dressé l'inventaire. Ils ont parcourus les quelques 300 kilomètres de frontières entre Vaud et Fribourg, en s'appuyant sur des cartes historiques pour retrouver les bornes. Près de 900 piliers ont été retrouvés et documentés.
"Il a fallu se déplacer à pied", raconte Jean-Pierre Anderegg. Y compris dans les forêts ou en montagne, où les bornes sont plutôt remplacées par des croix gravées dans le rocher d'une crête, note encore le spécialiste à la retraite.
Les plus anciennes encore debout dans la région de Romont remontent à 1696, plus de cent ans avant la création du canton de Vaud. Jean-Pierre Anderegg relève d'ailleurs un fait amusant: les bornes qui portaient les armoiries bernoises ont souvent été grattées pour en retirer l'image de l'ours et la remplacer par la devise vaudoise "Liberté et Partie."
Pas de changement de superficie
Si les bornes sont déplacés cette semaine, les nouvelles limites des exploitations agricoles et du territoire cantonal sont déjà une réalité depuis plusieurs années. En 2014, la commune de Siviriez a lancé un long processus de remaniement parcellaire. En bref, elle a mandaté GéoSud pour redessiner les contours des terres agricoles et des forêts sur son territoire, soit un peu plus de 2'000 hectares. L'objectif: assurer des parcelles plus cohérentes, moins parsemées et plus intéressantes pour l'exploitation.
La surface totale des deux cantons restent inchangée. "Le canton de Vaud a gagné quelques hectares et le canton de Fribourg les a regagné ailleurs", détaille Pierre Dumas. "À la fin, c'est un équilibre."
Toutes les bornes encore en état ont été documentées et photographiées. Leur emplacement a été répertorié sur le portail cartographique du canton de Fribourg.


