Hôpitaux: Fribourg assure la prochaine décennie

Fribourg met en consultation sa nouvelle planification hospitalière. Cette révision, la première depuis 2015, vise à garantir l'accès aux soins.

Le canton assume une stratégie de centralisation pour les prestations hautement spécialisées, confiées principalement aux hôpitaux universitaires. © KEYSTONE

Le canton de Fribourg met en consultation sa nouvelle planification hospitalière. Cette feuille de route doit définir où et comment les Fribourgeoises et Fribourgeois seront soignés ces dix prochaines années. La liste présentée mercredi par la Direction de la santé couvre trois domaines: les soins aigus (21 établissements retenus), la réadaptation (12 établissements) et la psychiatrie (8 établissements). 

Les besoins de la population ont été recalculés sur la base des données de 2023 afin d’éviter les biais liés aux années Covid. L’horizon est fixé à 2035, avec en ligne de mire le vieillissement de la population et l’augmentation attendue des pathologies chroniques et psychiques.

"La démographie fribourgeoise continue de croître. Nous avons enregistré une augmentation d'environ 14% en plus en dix ans, ce qui implique d’augmenter le nombre d’interventions et les capacités hospitalières", a souligné Philippe Demierre, conseiller d'Etat en charge de la santé.

Projets de cliniques privées écartés

Parmi les décisions marquantes, trois projets de nouvelles cliniques privées n'ont pas été retenus: la Clinique La Berra à Marly avait postulé pour l'ophtalmologie et l'orthopédie. Même chose pour la Clinique Renaissance à Estavayer-le-Lac et la Clinique de la Gruyère à Epagny, qui visaient la réadaptation psychosomatique.

"Les besoins sont plus que couverts par les prestations existantes", explique Stéphane Luyet, chef du service de la santé publique. Pour l'ophtalmologie par exemple, la couverture atteint 197% des besoins, notamment grâce à l'Hôpital Jules Gonin à Lausanne.

Pour Philippe Demierre, la planification doit aussi éviter les surcapacités et contenir les dépenses. "On ne va pas ouvrir des établissements qui n’auraient pas le nombre suffisant de patients. On doit utiliser les infrastructures existantes. Cela permet de contrôler, au moins en partie, l’augmentation des coûts de la santé."

Un établissement de santé figurant sur la liste bénéficie du remboursement de ses prestations hospitalières par l’assureur ainsi que par le canton de résidence de l’assuré. La contribution du canton représente au moins 55% du montant, tandis que celle de l’assureur maladie ne peut dépasser 45%. 

Les établissements non retenus et les assureurs-maladie disposeront de 30 jours pour faire recours auprès du Tribunal administratif fédéral une fois la liste définitivement adoptée.

Des lacunes dans certaines spécialités

En soins aigus, le taux de couverture varie entre 81% et 100% selon les prestations. En réadaptation, il oscille entre 65% et 148%. En psychiatrie, certaines spécialités dépassent largement les besoins estimés.

Mais certains domaines très spécialisés affichent des taux inférieurs à 80%: par exemple en neurochirurgie ou en réadaptation cardiaque.

"Ce sont souvent des domaines extrêmement spécifiques avec très peu de cas", nuance Stéphane Luyet. "Ça ne veut pas dire qu'on laisse des gens sur le côté. Ces prestations hautement spécialisées sont généralement assurées par les hôpitaux universitaires hors canton."

Renforcement du bilinguisme

La planification garantit désormais un meilleur accès aux soins en allemand, avec l'inscription systématique d'établissements germanophones (Inselspital, Services psychiatriques universitaires de Berne) pour la minorité linguistique du canton.

3 mois de consultation

Après la consultation qui se termine le 11 mai, le rapport sera adapté puis présenté à la Commission de planification sanitaire et au Grand Conseil. L'entrée en vigueur est prévue pour l'automne 2026.

L’évaluation des besoins n’est pas réalisée directement par le canton. Elle a été confiée à l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), qui a analysé les données hospitalières afin d’établir des projections jusqu’en 2035. Fribourg a ensuite analysé les dossiers soumis à l'appel d'offres.

Frapp - Alexia Nichele
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