Le manque de fourrage envoie plus de vaches à l'abattoir
La sécheresse persistante met les producteurs de lait fribourgeois sous forte pression. Les prairies peinent à repousser, les réserves de fourrage diminuent et certains éleveurs n'ont d'autre choix que de réduire leur troupeau.

"Nous avons dû, ou devrons encore, vendre des vaches que nous pensions garder jusqu'à l'automne ou l'hiver", explique Bruno Beyeler, agriculteur à Planfayon. Les animaux concernés sont principalement des vaches âgées ou en fin de carrière. Les jeunes bêtes et les vaches gestantes restent sur l'exploitation.
Pour maintenir son troupeau, l'éleveur a également dû acheter du fourrage, une dépense inhabituelle qui alourdit les coûts de production, d'autant plus que foin se fait rare. Il se négocie environ 10 francs plus cher que d'habitude par balle de 100 kilos.
Une météo décisive
À Zumholz, Elmar Zbinden n'est pas encore confronté à cette situation. Ses vaches sont actuellement à l'alpage, où l'herbe est encore abondante. Mais leur retour en plaine, prévu dans moins d'une semaine, pourrait changer la donne. "Nous ne savons pas dans quel état seront les pâturages à leur retour. Nous sommes aussi inquiets", confie l'agriculteur.
Avant la sécheresse, les éleveurs ont au contraire été confronté à la grêle. La famille de Valentin Bapst, à La Roche, exploite depuis plus de 40 ans des alpages dans la vallée du Motélon. Pour la première fois cette année, il a dû redescendre la moitié de son troupeau en juin, faute de nourriture suffisante.
"Avec la grêle, on a perdu l'équivalent de six semaines de fourrage pour nos 40 bêtes", se désole le Gruérien. Sans eau, les champs ne repoussent pas. Une partie du troupeau est descendue vers l'alpage le plus bas, alors que 20 têtes sont retournées en plaine. La moitié de ces dernières ont ensuite été vendues, soit à d'autres éleveurs, soit directement à l'abattoir. "Ce sont des bêtes que j'aurais normalement gardé jusqu'en novembre", indique Valentin Bapst.
Le fait de séparer le troupeau entraîne aussi une surcharge de travail. La traite doit être faite à la fois sur l'alpage et en plaine.
Les récoltes de fourrage compromises
Pour Adrian Brügger, président de l'Union suisse des paysans fribourgeois, la situation est préoccupante. Après une première coupe satisfaisante, les suivantes ont presque disparu en raison du manque de pluie. "La troisième coupe est complètement brûlée", résume-t-il.
Une vache Holstein se vendait encore environ 2 500 francs en 2025. Aujourd’hui, sa valeur marchande n’est plus que de 2 150 francs.
Même si les précipitations reviennent rapidement, plusieurs semaines seront nécessaires avant de pouvoir récolter à nouveau. L'importation de fourrage ne constitue pas non plus une solution, la France et l'Espagne étant confrontées aux mêmes conditions de sécheresse.
17% de bétail d’abattage en plus
Conséquence directe, le marché fribourgeois du bétail enregistre une forte hausse des ventes de vaches destinées à l'abattage. Entre juin et juillet, elles ont progressé de 17% par rapport à la même période l'an dernier, soit environ 200 animaux supplémentaires.
Selon Guillaume Kolly, directeur de la Coopérative fribourgeoise pour l'écoulement du bétail, cette tendance pourrait encore s'accentuer si la sécheresse se prolonge jusqu'en août. Les volumes pourraient alors augmenter d'environ 30%, entraînant une baisse des prix.
"On vend nos bêtes moins cher que ce que l'on devrait", confirme Valentin Bapst, qui s'est séparé d'un quart de son troupeau. La valeur d'une vache Holstein est ainsi passée d'environ 2500 francs à 2150 francs en un an. Les animaux réformés sont principalement destinés à la production de viande hachée.
La chaleur pèse aussi sur la production laitière
Au-delà du manque de fourrage, les fortes températures affectent directement les performances des troupeaux. En période de stress thermique, les vaches mangent moins, produisent jusqu'à 30% de lait en moins et la qualité du lait se dégrade. La chaleur peut également avoir des effets sur la santé des veaux à naître.
Pour les éleveurs fribourgeois, les prochaines semaines seront déterminantes. Sans pluie suffisante, les réserves de fourrage continueront de diminuer et de nouvelles réductions de cheptel pourraient devenir inévitables.
Pour Valentin Bapst, la tradition de l'estivage n'en est pas pour autant menacé. Même si les étés extrêmement secs devaient se répéter, "la plaine est toujours plus sèche que la montagne", observe-t-il. Il faut toutefois investir davantage dans des solutions de stockage de l'eau en altitude, selon lui, grâce à des citernes par exemple.


