Des jeunesses et des fanfares rattrapées par les impôts
Une lettre du Service des impôts inquiète les sociétés locales. Entre mécontentement et interrogations, les comités sont à la recherche de solutions.

Des sociétés de jeunesse ayant récemment organisé des Girons ont reçu ces derniers jours un courrier du Service cantonal des contributions. À la clé, un rappel, qui passe mal : les associations qui réalisent plus de 20'000 francs de bénéfice ou dont la fortune dépasse 200'000 francs sont imposables, révèle la RTS.
J'ai été surpris, même choqué
Radio Fribourg et Frapp apprennent lundi qu'une quarantaine de lettres ont été envoyées à des organisateurs de Girons de jeunesse, mais aussi de Fêtes des musiques, de tirs en campagne et d'autres grandes manifestations fribourgeoises. De quoi semer l'inquiétude parmi de nombreuses sociétés locales.
Le Service cantonal des contributions fait-il les fonds de tiroir?
La semaine dernière déjà, le député Nicolas Galley interpellait le Grand Conseil avec une question: "Le Service cantonal des contributions fait-il les fonds de tiroir?" Contacté, l'élu UDC sarinois explique avoir reçu lui aussi un courrier, en sa qualité de président du Tir en campagne 2026 de la Sarine à Ecuvillens. Après quelques coups de téléphone, Nicolas Galley rassemble des témoignages de manifestations concernées, parfois vieilles de plusieurs années.
"Le canton applique la loi. De ce côté là je dirais qu'il n'y a pas trop de problèmes", admet Nicolas Galley. "Là où c'est problématique selon moi, c'est qu'on aille rechercher de l'argent à des sociétés qui ont terminé leur manifestation et bouclé les comptes il y a déjà deux ou trois ans. Peut-être que ces sociétés ont généré un gros bénéfice, mais à l'heure actuelle, probablement qu'il n'existe plus, il a été redistribué et utilisé."
L'incompréhension pour de nombreux comités
La nouvelle est mal passée auprès des organisateurs. "J'ai tout d'abord été surpris, voire choqué", réagit Cédric Roch, président du comité d'organisation de la dernière Fête des musiques de la Glâne, organisée ce printemps au Châtelard.
"Quand on se donne pendant deux ans et demi, voire trois ans, de façon totalement bénévole pour organiser une fête comme un Giron des musiques, je ne trouve pas forcément très juste d'être imposé là-dessus. Si on devait rémunérer toutes les personnes qui y travaillent, on serait en déficit", poursuit-il.
Les fédérations s'organisent
Du côté de la Société cantonale des musiques, la surprise laisse également place au mécontentement. "Si une fanfare doit payer 20'000 francs d'impôts, ça va faire mal", résume sa présidente, Laurence Guénat. Elle regrette également "cet oubli" du Service cantonal des contributions. La Fédération entend désormais faire le point avec les fanfares et les autres sociétés locales afin de trouver des solutions.
Même son de cloche du côté de la Fédération fribourgeoise des jeunesses. Son président, Guillaume Duruz, estime que cette nouvelle représente un véritable enjeu, même si tout dépendra des montants concernés. Il préfère toutefois attendre d'obtenir tous les détails avant de s'exprimer plus largement.
Un impôt tardif... Et un bénéfice évaporé?
Pour plusieurs organisateurs contactés, le principal problème est moins le principe de l'impôt que son arrivée tardive. Si ces montants avaient été connus à l'avance, ils auraient pu être intégrés dans les budgets des manifestations.
Ils rappellent également qu'une grande partie des bénéfices est redistribuée à des associations, à des projets locaux ou réinvestie dans la vie des sociétés. Plusieurs d'entre eux, qui ont préféré conserver l'anonymat, soulignent que ces réserves sont indispensables à leur fonctionnement.
"Ça me ferait mal de devoir payer des impôts. Cet argent est utilisé pour la formation des jeunes, pour payer les directeurs, les instruments et les uniformes", explique Cédric Roch. "Nous organisons une Fête des musiques tous les quinze ans et nous avons besoin de cet argent pour faire vivre, voire survivre, notre société de musique".
Le constat est similaire pour les Girons de jeunesse. Comme l'explique un organisateur, une jeunesse n'accueille un Giron que tous les vingt à trente ans. Les bénéfices servent ensuite à financer des investissements, comme l'aménagement du local de jeunesse ou l'achat de matériel pour les chars. La jeunesse ne s'enrichit pas une fois qu'elle déduit le voyage offert aux jeunes ayant travaillé pendant plus d'une année et qu'elle verse les différents dons.
Le canton cherche une solution pragmatique
Contacté, le canton de Fribourg indique être en train de chercher une solution "pragmatique". Le dossier est désormais sur la table du Conseil d'État.
Si une adaptation pouvait être trouvée concernant les impôts cantonaux, une chose est déjà acquise : les organisateurs devront malgré tout s'acquitter de l'impôt fédéral direct, nous a confirmé la Direction des finances.


