Manon Mullener: "Le jazz, c'est ma liberté"
La pianiste fribourgeoise est la lauréate du Swiss Jazz Award pour l'envergure de sa carrière internationale. Interview avec l'étoile montante du jazz.
RadioFr: Quelle vie vivez-vous en ce moment ?
Manon Mullener: C'est une vie pleine d'aventures. Depuis la sortie de l'album "Stories" en mars dernier, on a tourné dans le monde entier. C'est peu de sommeil, peu de nuits à la maison. Là, on sortait justement d'une résidence de trois jours pour travailler sur la musique d'un prochain album qu'on enregistre cet automne et qui sortira l'année prochaine.
Quel est votre premier souvenir lié à la musique ou au piano?
Je suis fille de batteur, et j'ai beaucoup de souvenirs d'enfance liés aux soundchecks. Comme on était petits, mon frère et moi, on ne pouvait pas assister aux concerts, mais on pouvait assister aux soundchecks. Mon frère — qui est d'ailleurs aujourd'hui le batteur de mon groupe — pensait que les soundchecks étaient des mini-concerts spéciaux pour les enfants avant les vrais concerts.
Le jazz, c'était clair depuis le début?
J'ai grandi entourée de cette musique par ma famille. J'ai commencé le piano à 4 ans avec un répertoire plutôt classique, et puis j'ai eu envie d'avoir plus de liberté — et j'ai trouvé cette liberté dans le jazz.
À quel moment vous êtes-vous dit que la musique serait votre métier?
Le fait d'avoir grandi dans une famille de musiciens m'a montré que c'était une possibilité. Et puis, simplement, je ne m'imaginais pas faire autre chose. Mon amour pour la musique est si grand que j'en étais un peu obsédée depuis enfant.
À 17 ans, vous partez pour Cuba. Qu'allez-vous y chercher ?
Je suis passionnée de musique cubaine, et ça s'entend dans ma musique — il y a beaucoup d'emprunts à la musique afro-cubaine. Quand on est passionné par un genre musical, c'est important d'aller sur place, d'apprendre des locaux.
Quelles sont les influences qui marquent le plus votre musique aujourd'hui?
C'est toujours un mélange de tout. Je suis pianiste mais aussi compositrice — je compose toutes les musiques que j'enregistre et interprète. J'ai commencé le piano et le chant choral à 4 ans, et ce côté très lyrique des mélodies fribourgeoises m'a beaucoup inspirée. Dans mon deuxième album "Insomnia", le morceau Flânerie nocturne est d'ailleurs inspiré de "Aux nuits brillantes" de l'abbé Bovet.
Comment avez-vous vécu l'annonce du Swiss Jazz Award?
C'est un honneur, et c'est très agréable de sentir de la reconnaissance. La vie de musicienne professionnelle est semée d'embûches et de doutes — on se demande parfois si ça vaut la peine, si les gens sont vraiment intéressés. Recevoir une reconnaissance de ce type, ça fait du bien et ça donne de la motivation à continuer.
Où en êtes-vous dans la création du prochain album?
On est en pleine tournée tout l'été. Je sors de résidence, où on a joué pour la première fois les nouveaux morceaux que j'ai composés. On va les enregistrer à Barcelone en octobre, et la sortie est prévue au printemps 2027.
Avez-vous encore un rêve, un objectif?
Mon rêve, c'est de pouvoir faire de la musique le plus longtemps possible et de continuer d'avoir autant de plaisir que j'en ai maintenant sur scène.
Un morceau à recommander?
Pour ma musique, je recommanderais "Party", un morceau festif de mon dernier album, parfait pour l'été. Et pour découvrir autre chose, Renaissance du guitariste genevois Louis Matute.


