Mathilde Gremaud: "J'aimerais réaliser un film sur le ski"
A 26 ans, la championne olympique Mathilde Gremaud revient sur ses Jeux, sa chute et sa maturité. Notre interview.
RadioFr: Pour commencer Mathilde, comment allez-vous après cette chute qui vous a coûté votre participation au Big Air?
Ça va bien. J'ai encore un peu mal au dos, et j'ai attrapé une petite grippe en plus. Mais franchement, j'ai connu bien pire, et je m'en sors plutôt bien par rapport à cette chute.
Vous avez conservé votre titre de championne olympique en slopestyle. Avec un peu de recul, quel regard portez-vous sur ces Jeux?
C'était vraiment différent des deux dernières éditions. Tout au long de la préparation, j'étais bien motivée, avec cet objectif clair de conserver le titre. Il y a eu deux ou trois embûches, mais la préparation a bien fonctionné. La finale était très satisfaisante — j'ai pu montrer le ski que je voulais. La blessure, c'est frustrant, c'est sûr, mais je suis contente qu'il ne soit rien arrivé de grave. Ça aide à relativiser.
C'était votre troisième édition des Jeux, et ils se déroulaient relativement près de chez vous. La pression était-elle plus grande?
Je pense que la pression était même moins grande qu'en 2018, où j'avais demandé à mes parents de ne pas venir tellement ça me stressait. Cette fois, j'avais vraiment l'impression d'avoir plus le contrôle sur ce que je faisais et sur ce que je planifiais. J'ai pris beaucoup de décisions moi-même, plutôt qu'elles soient prises pour moi. Du coup, j'avais non seulement moins de pression, mais surtout beaucoup plus de motivation. Je voyais ça comme une chance de faire quelque chose de beau.
Quand je rentre à la maison, je suis juste moi. Je m'affale sur mon canapé, je me repose.
Votre approche des grands événements a-t-elle évolué depuis vos débuts?
Clairement. Avant, c'était encore beaucoup de la découverte. Maintenant, ce n'est pas la routine, mais c'est quelque chose que j'ai vécu plusieurs fois, et on apprend des éditions précédentes. Pour les Jeux olympiques, comparé à une coupe du monde ordinaire, la préparation est complètement différente. On sait qu'on aura à nouveau rendez-vous dans quatre ans, et ça aide à être prêt le moment venu. Avec l'expérience, j'ai pu décider de ce dont j'avais besoin et aller chercher les soutiens qui me semblaient nécessaires. On apprend à gérer, tout simplement.
Après vos précédents Jeux, vous aviez évoqué un passage à vide, un mini burn-out. C'est quelque chose qui vous fait encore peur?
Je pense que, comme tout être humain, on n'est jamais totalement à l'abri. Mais le fait d'avoir vécu ces expériences me rassure — après trois fois, je sais à quoi m'attendre. Et j'ai aussi beaucoup appris à dire non. Ça ne veut pas dire que je ne le ferai jamais, mais quand ce n'est pas le bon moment, je ne le fais pas. J'arrive mieux à gérer mon agenda pour m'octroyer du temps pour me reposer, parce que ce qu'on vit lors des Jeux, c'est vraiment intense.
Grâce à la personne qui me suit, je prends maintenant un carton à la fois.
Votre partenaire a dit qu'il y avait "trois Mathilde". Comment gérez-vous cette exposition publique au quotidien?
Je pense que c'est important d'avoir plusieurs casquettes, pas plusieurs personnalités, mais de savoir laquelle mettre selon le moment. Quand je rentre à la maison, je suis juste moi. Je m'affale sur mon canapé, je me repose. C'est un apprentissage: savoir dans quel rôle on est et quelle énergie on investit dans quel moment. C'est assez naturel quand on grandit, mais ça fait du bien d'en être consciente.
Passer du statut de championne olympique sous les projecteurs à l'anonymat de sa chambre, c'est un changement difficile à vivre?
J'aurais peut-être dit que c'était compliqué il y a quelques années. Maintenant, je trouve ça plutôt cool. Quel que soit le moment — sous les projecteurs ou pas — j'arrive à apprécier. J'apprécie être seule dans ma chambre, j'apprécie partager mon expérience, rencontrer des gens, faire mon sport. Le fait d'être dans la lumière, c'est quelque chose que j'apprécie aussi, parce que ça me permet peut-être d'inspirer des gens. Ça fait partie de ma vie. Et quand je rentre chez moi dans l'anonymat total, c'est cool aussi. Ce sont juste des moments différents, et je les apprécie tous.
Vous avez aussi évoqué un suivi en santé mentale. Qu'est-ce que ça vous apporte concrètement?
Je suis quelqu'un qui a des émotions assez intenses, des hauts et des bas. Ça a toujours été comme ça. Mais j'aime bien mettre des mots dessus et en parler. En général, si j'arrive à exprimer les choses assez rapidement, ça se passe bien. J'ai une image pour expliquer: imaginez un déménagement. Les cartons chargés en dernier restent le plus longtemps dans le camion. Si on les laisse s'accumuler, c'est problématique. Grâce à la personne qui me suit, je prends maintenant un carton à la fois. Plus d'accumulation, et c'est vraiment ce qui était important pour moi.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune sportive de 16 ou 18 ans qui débute en compétition d'élite?
C'est difficile à formuler, parce qu'à cet âge-là, j'étais tellement passionnée que rien d'autre ne comptait vraiment. Mais si quelqu'un ressent cette même passion, il faut tout donner. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas — mais au moins, on s'est donné les moyens. À 16 ou 18 ans, il faut foncer. On a encore tellement de temps pour changer de direction si besoin. Il n'y a aucune raison d'attendre.
J'aimerais bien aller aux Jeux encore une fois.
Avez-vous encore faim? Ou peut-on imaginer une retraite à 29 ans?
J'aimerais bien aller aux Jeux encore une fois. Il y a eu des phases où je ne savais pas vraiment à quelle intensité j'allais continuer. Mais là, j'ai l'impression d'avoir un nouveau départ. Plein de choses se sont passées, mais je crois qu'il en reste encore plein d'autres à venir.
Quel est votre rêve pour la suite?
La compétition reste ma priorité. Mais il y a une chose que j'aimerais vraiment faire en dehors des podiums: réaliser un film de ski. Pas un film d'interviews, mais un film avec juste des images de ski. Ce serait un petit rêve à accomplir.


