Sandy Maillard: "Être radical, ce n'est pas un gros mot"
Radicalité assumée, urgence climatique et représentation des minorités: c'est le programme de Sandy Maillard, candidat·e DAS-WAS au Conseil d'État.

Révolté·e depuis le berceau, puis contestataire sur le pavé, Sandy Maillard siège désormais au Conseil général de la Ville de Fribourg et vise déjà plus haut. Avec sa colistière Ayana Abdulle, les deux trentenaires briguent un siège à l'Exécutif cantonal, avec une ambition: "faire entrer les réalités des plus précaires au cœur du Conseil d'État."
Docteur·e en littérature, enseignant·e et chercheur·e à l'Université de Neuchâtel, Sandy Maillard défend les couleurs de DAS-WAS (Dignité, Action, Solidarité). Un mouvement de gauche radicale, "mais pas extrême; il n'y a rien d'extrême à mettre la dignité des personnes au centre de ses décisions", né au début de l'année et qui a frappé fort dès ses premières élections en décrochant 7 sièges au Conseil général de la Ville de Fribourg. Interview.
RadioFr.: Sandy Maillard, vous portez les couleurs de DAS-WAS pour cette course au Conseil d'État. Pourquoi vous lancer?
Sandy Maillard: Il y a une volonté de transformer le monde, de transformer la manière dont on fait société. DAS-WAS est né d'un constat: on est dans un contexte d'urgence climatique, avec toute une série de crises sociales. Candidater au Conseil d'État, c'est un des leviers pour tenter de changer les choses.
À 33 ans, vous enseignez à l'Université de Neuchâtel, vous venez de soutenir une thèse sur la littérature du XVIe siècle. Est-ce que la lecture a joué un rôle dans votre engagement politique?
Oui, c'est même une des sources principales de mon parcours, personnel et politique. En arrivant à l'université, tout un univers s'ouvre. Et au-delà des livres, il y a la rencontre avec les personnes, les discussions qu'on a autour de nos lectures.
Lecture, du Yin Yoga aussi, du chant… Vous vous dites "révolté·e depuis le berceau". Comment c'est de faire de la politique au Conseil général, assis·e à côté d'élus PLR, UDC ou du Centre?
C'est challengeant. Il faut trouver des manières de dialoguer, mais aussi refuser concrètement certains discours qui propagent de la haine. Avec DAS-WAS, on se considère comme une force de proposition: l'idée, c'est d'apporter notre expérience du terrain: milieux associatifs, services publics, milieux militants et de faire entrer nos luttes au sein du Conseil général.
DAS-WAS ne chôme pas: une dizaine d'instruments déposés en quelques mois. S'il y en avait un que vous portez plus personnellement?
En tant que personne queer, je me sens particulièrement concernée par la résolution déposée dès la première séance en mai sur la visibilisation des personnes LGBTIQ+ dans l'espace public à Fribourg. Et aussi le postulat qui demande d'étudier la création d'un poste et d'une politique communale dédiée à ces questions.
En me baladant sur votre site, j'ai constaté que vos candidats au Grand Conseil sont tous domiciliés en ville de Fribourg, à Marly, Granges-Paccot ou Villars-sur-Glâne. Le canton s'arrête-t-il au giratoire de Villars-sur-Glâne?
On en est conscient·es: nos listes manquent de diversité géographique. Mais il y a aussi une réalité démographique ou sociale. On fonctionne d'abord par cercle de personnes qui travaillent ensemble et qui se connaissent. La volonté d'élargir est réelle. À terme, l'idée c'est de grandir dans d'autres districts que Fribourg-Ville ou Sarine-Campagne.
Vous avez grandi dans un village de Gruyère. Ces réalités plus rurales, plus reculées, ça vous parle? Et comment convaincre un électorat au-delà de l'agglomération?
J'ai déjà eu des discussions avec des personnes d'autres districts: le soutien serait là. Il suffit d'aller à leur rencontre. C'est pour ça qu'on a organisé des cafés politiques durant la campagne: pour proposer aux gens de nous rejoindre, plutôt que de leur imposer notre présence sur les marchés ou au Comptoir gruérien.
"From Gaza, with love"
RadioFr.: Sandy Maillard, vous avez choisi de partager un titre de l'artiste Saint Levant. Pourquoi ce choix?
Sandy Maillard: D'abord parce que Saint Levant est un des artistes qui dénoncent le génocide en Palestine et c'est aussi la ligne de DAS-WAS. Notre collectif est né notamment en lien avec le Collectif Solidarité Fribourg-Palestine. Et puis, j'adore la musique, je chante depuis que je suis enfant. J'adore faire la fête aussi.
Pourquoi amener ce titre précis sur une matinale électorale consacrée à des enjeux cantonaux?
La politique, peu importe l'échelon, est influencée par ce qui se passe dans le monde. Et actuellement, on a un gouvernement suisse qui est complice de ce génocide. À notre échelle cantonale, c'est aussi notre devoir de le dénoncer et de s'opposer à cette ligne.
On reproche parfois aux artistes de prendre des positions politiques. Pour vous, c'est tout le contraire?
Complètement. Les arts ont un rôle à jouer dans notre perception du monde. Ce n'est pas neutre, c'est nécessairement informé. Je crois vraiment à l'engagement par les arts.
Vous chantez vous-même?
Oui, depuis l'âge de 6 ans, dans un chœur d'enfants. J'ai continué dans des formations chorales et j'ai cofondé, il y a huit ans, un ensemble vocal: Fa Mi Cantar. Il s'agit d'un ensemble exclusivement féminin, un engagement en soi. On tient à mettre à l'honneur des compositrices dans nos programmes.
Sandy Maillard, vous êtes radical·e?
RadioFr.: Pourquoi vous être lancé·e? L'offre politique actuelle ne suffisait pas?
Sandy Maillard: On s'est lancé·es surtout pour renforcer la gauche, représentée par les VERT-E-S, le PS et le Centre Gauche, mais aussi pour amener d'autres réalités, d'autres voix qui ne sont peut-être pas suffisamment entendues.
On parle de DAS-WAS comme d'un parti de gauche radicale. Sandy Maillard, vous êtes radical·e?
Oui, dans le sens de prendre les éléments par la racine! Mais j'aimerais déconstruire l'image qui nous colle à la peau. On nous dit toujours "extrême-gauche", alors qu'il n'y a rien d'extrême à mettre la dignité des personnes au centre de nos décisions. Pour nous, radical signifie prendre les problèmes à la racine, comme on le ferait pour une maladie: plutôt que de soigner les symptômes, on cherche la cause profonde pour transformer les choses.
Être "radical", ce n'est donc pas un gros mot?
Non, pas du tout! C'est quelque chose de très positif. Cela démontre vraiment cette volonté de considérer les problématiques de manière globale, en profondeur et aussi de manière intersectionnelle, c'est-à-dire en croisant différentes luttes, différents sujets sociaux.
C'est quoi votre priorité? Qu'est-ce qui ne va pas dans le canton de Fribourg?
Il y a énormément de choses... mais un des grands enjeux qui concerne tout le monde, c'est l'effondrement climatique. On l'a expérimenté cet été avec les canicules à répétition, avec un impact sur la santé, l'agriculture... Et aujourd'hui, on continue à soigner des symptômes, alors qu'on sait depuis plus de 60 ans que ça va en s'empirant. Il faut prendre ça de face, en investissant massivement! Pas juste mettre des pansements sur une plaie béante.
Le canton vient justement de valider une enveloppe d'environ 40 millions pour un plan climat de deuxième génération. Fribourg ne va-t-il pas déjà dans le bon sens?
Il va dans le bon sens, mais c'est largement insuffisant. Et c'est triste qu'on prenne cette décision si tard, alors qu'on est alertés depuis 60 ans. Cette décision aurait dû être prise largement avant 2026. 40 millions, ça ne représente pas grand-chose par rapport à un budget cantonal de 4,5 milliards. Il y a ici un effort à faire.
L'argent, il faut aller le chercher. Où?
On pense toujours que l'argent est une compétence des partis de droite. Avec DAS-WAS, on est très renseignés sur ces questions et on s'appuie par ailleurs sur des données établies scientifiquement dans les sciences économiques. 3% de la population fribourgeoise détient 53% des richesses totales du canton. L'argent existe, il est simplement concentré.
Il y a aussi des cadeaux fiscaux faits chaque année aux grandes entreprises: entre 150 et 200 millions... ce qui correspond à peu près aux économies que le plan d'assainissement des finances tente de réaliser sur trois ans. Et puis il y a l'imposition des grosses fortunes et les droits de succession, qui résoudraient largement une partie des problèmes.
Si vous êtes élu·e au Conseil d'État, garderez-vous votre âme militant·e?
Absolument. Le militantisme fait partie de qui je suis. Et il ne faut pas avoir peur d'un·e conseiller·ère d'État qui prend les problèmes à la racine. C'est exactement ce qu'on fait dans les soins: comprendre d'où vient le mal pour trouver le meilleur traitement. C'est ce qu'on veut faire en politique avec DAS-WAS.


