"On ne pourra pas se permettre des déficits à 20 millions"

Le Conseil général de Fribourg se penche mercredi sur les comptes 2025. Entretien avec Elias Moussa, le nouveau syndic de la ville.

Conseiller communal depuis juillet 2023, Elias Moussa est le nouveau syndic de Fribourg. © KEYSTONE

RadioFr: Votre syndicature a très bien commencé avec le titre de Fribourg Gottéron, puis changement d'ambiance: les comptes de la ville affichent un déficit de 21,5 millions de francs. Ces comptes passent ce mercredi soir devant le Conseil général. Est-ce que vous appréhendez cette séance?

Elias Moussa: Je souhaite d'abord saluer le titre de Fribourg Gottéron et l'émotion qu'il a suscitée, et féliciter également Fribourg Olympic pour son 23e titre de champion suisse. Quant aux discussions de ce soir sur les comptes 2025, on s'attend à un débat animé et nourri. Celles et ceux qui souhaitent y assister en présentiel sont les bienvenus.



Le PLR a déjà annoncé qu'il refuserait ces comptes. Que se passerait-il alors en cas de refus?

Un Conseil Général est tout à fait libre d'accepter ou de refuser les comptes d'une commune. En cas de refus, le Conseil Communal disposerait de 60 jours pour examiner les motifs invoqués et revenir avec un nouveau projet de comptes. En cas de second refus, c'est l'autorité de surveillance qui interviendrait.

Lors de la publication des comptes, vous parliez d'actions immédiates. Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour redresser la situation financière de la ville?

Il faut d'abord nuancer. Sur les cinq derniers exercices, la ville a connu une très forte volatilité fiscale: trois exercices bénéficiaires à plus de 100 millions au total, et deux exercices déficitaires pour un cumul de 25 millions de déficit. Au net, près de 80 millions de bénéfices. Cela dit, certains indicateurs sont préoccupants pour la suite, notamment le taux d'autofinancement et le degré d'endettement. Le Conseil communal travaille sur ces questions dans le cadre du prochain plan financier et du budget 2027. Trois grandes lignes ont déjà été posées: agir sur la volatilité des recettes fiscales, limiter la croissance de la charge de personnel, et examiner les possibilités de réduction sur les biens et services.

Sur la question du personnel, la critique revient souvent: l'administration serait trop grande par rapport au nombre d'habitants. Concrètement, cela signifie-t-il des suppressions de postes?

Non, ce n'est absolument pas à l'ordre du jour. Il s'agit plutôt de sensibiliser l'ensemble de l'administration à la situation financière de la ville. Malgré un bénéfice net cumulé de près de 80 millions sur cinq ans, l'horizon est moins rose qu'auparavant. La ville ne pourra pas se permettre des déficits annuels de 20 millions ou plus. Cela dit, de nombreux facteurs échappent à notre maîtrise, à commencer par les résultats de la votation cantonale sur le plan d'assainissement et les suites que le Conseil d'État et le Grand Conseil lui donneront.



Comment la ville peut-elle mieux attirer des entreprises?

Je tiens d'abord à remercier toutes les entreprises déjà établies sur notre territoire: elles contribuent au dynamisme économique et permettent de financer de nombreuses prestations. Pour en attirer de nouvelles, il faut agir sur plusieurs fronts, notamment en collaboration avec le Canton qui pilote la promotion économique. Du côté de la commune, l'enjeu est d'offrir un cadre de vie de qualité et les infrastructures nécessaires. Des sites comme Bluefactory, les Daillettes ou le périmètre de la Poya — plus largement l'ensemble du secteur autour de Saint-Léonard — représentent des opportunités réelles.

Une hausse d'impôts pour les habitants est-elle envisagée?

Tout est encore en discussion au Conseil communal. Aucune décision n'a été prise à ce stade, c'est une analyse qui se fait chaque année, donc il n'y a rien d'exceptionnel. C'est in fine au Conseil général qu'il reviendra de se prononcer sur le budget 2027 et, le cas échéant, sur les recettes nécessaires pour continuer à financer des prestations de qualité.

Parlons de votre nouvelle fonction. Pourquoi avez-vous souhaité ce poste de syndic?

Je me suis toujours prononcé pour la stabilité et la continuité de ce qui a fait ses preuves: depuis le début des années 2000, la ville de Fribourg fonctionne avec deux blocs politiques au sein du Conseil communal, la vice-syndicature revenant au bloc minoritaire et la syndicature au bloc majoritaire. C'est cet équilibre que j'ai défendu pour la nouvelle législature. Après les élections du 8 mars dernier et les discussions internes au Conseil communal, la répartition actuelle des fonctions est le fruit de l'ensemble de ce processus.

Mirjam Ballmer était la doyenne de votre bloc. Logiquement, n'aurait-elle pas dû devenir syndique, ce qui en aurait fait la première femme à occuper ce poste ?

Il y a eu plusieurs discussions au Conseil communal. Ce que je peux souligner, c'est que l'exécutif reflète vraiment la diversité de la population fribourgeoise: une moyenne d'âge d'à peine 42 ans, des horizons professionnels et politiques variés. À la fin, chacun a trouvé sa place dans la répartition des responsabilités. Pour savoir si Mme Ballmer a voulu ou non ce poste, il faudra lui poser directement la question, ce n'est pas à moi d'y répondre. Ce que je peux affirmer clairement, c'est que l'entente entre nous est absolument intacte.

S'il y a un projet qui vous tient particulièrement à cœur en tant que syndic, lequel serait-ce ?

Il y en a plusieurs, mais si je n'en retiens qu'un, c'est de poursuivre la transformation de la ville que nous avons engagée: des projets dans l'espace public, des réponses concrètes aux impératifs climatiques, une ville qui change et que les habitants ressentent différemment. Et l'idéal serait de voir aboutir le réaménagement de la place de la Gare, avec une nouvelle œuvre artistique venant compléter la fontaine de Jean Tinguely. Ce serait une belle réussite pour cette législature.

Ecoutez l'interview:

Radio Fribourg reçoit un invité en direct chaque mercredi à 12h30

RadioFr. - Léo Martinetti
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