"Avec le sport scolaire, on touche tous les jeunes"

La Confédération envisage de supprimer le nombre minimum de leçons de sport par semaine à l'école. Le projet est déjà combattu. Interview.

Plusieurs associations craignent que, certains cantons revoient à la baisse le nombre de leçons de sport, suite à un changement politique par exemple. © KEYSTONE

Lancée fin juin, une pétition a recueilli plus de 22'000 signatures. Elle s'oppose au projet de supprimer le nombre minimum de leçons de sport à l'école dans toute la Suisse - actuellement trois périodes par semaine - et de laisser les cantons libres de décider, dans le cadre d'une réforme de la répartition des tâches entre cantons et Confédération.

Interview de Jonathan Badan, professeur de sport à Marly et président de l'Association suisse d'éducation physique à l'école (ASEP), et c'est à ce titre qu'il répond à nos questions.

RadioFr. Pourquoi vous mobilisez-vous contre ce projet de réforme au niveau fédéral?

Jonathan Badan: On sait qu'en Suisse, le coût annuel du manque d'activité physique, c'est 1,7 milliard de francs par an pour la Confédération. On assiste à une sédentarité croissante des jeunes. Selon la dernière étude Sophya, ils passent 90% de leur journée assis ou allongés, sans bouger. Et on voit les conséquences, les enseignants le rapportent: par exemple de plus en plus de jeunes n'arrivent plus à se tenir aux anneaux. Avec le sport scolaire, on touche tout le monde, 1,3 million de jeunes, du primaire, du secondaire 1, du secondaire 2 et des écoles professionnelles. On touche les enfants de tous les milieux sociaux. C'est important. Et c'est gratuit.

RadioFr. N'êtes-vous pas trop alarmiste? Certains cantons, dont Fribourg, assurent qu'ils ne toucheront pas à la grille-horaire et au nombre de leçons de sport à l'avenir...

Le risque d'un retour en arrière existe bel et bien. D'abord parce que le plan hebdomadaire de l'élève est relativement chargé, donc on essaie toujours de trouver des solutions pour alléger cela. Le sport pourrait en faire les frais un jour. Ensuite, il y a les mesures budgétaires. La situation des finances n'est pas bonne au niveau fédéral, ni au niveau cantonal. Et le sport nécessite d'avoir des infrastructures parfois coûteuses. Aujourd'hui, si un canton nous assure qu'il maintiendra les trois heures de sport, c'est très bien. Cela veut dire qu'on aura une politique pro-sport, pro-santé. Mais on n'est pas à l'abri d'un changement de politique, et d'un changement à la tête du département de la formation. Et dans ce cas, les cantons auraient la possibilité, en quelques mois, de tout modifier, et de réduire les heures.

Vous êtes donc vent debout face à cette réforme. Vous sentez déjà les choses bouger?

La pétition a recueilli plus de 20'000 signatures. C'est déjà positif. On est encore loin des 180'000 récoltées contre la réduction annoncée des subventions jeunesse et sport (J+S), qu'on a heureusement pu éviter, mais on va continuer. On a créé une alliance entre les syndicats suisse-allemands, le Syndicat des enseignant.es romand.es (SER), et quelques conseillers nationaux aussi, qui nous soutiennent activement de manière à pouvoir aller de l'avant. On est actuellement en étroite collaboration avec Andrea Zryd, conseillère nationale socialiste bernoise, avec qui on élabore aussi la stratégie sur le court, moyen et long terme. Pour l'instant, on a le temps. On a encore une bonne année, une année et demie pour convaincre et informer de la dangerosité de cette suppression de la loi et pour dire qu'il ne faut vraiment pas toucher au sport scolaire. 

RadioFr. - Maëlle Robert
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