Oldtimers: ces vieilles machines qui font rêver les foules
Soixante avions anciens, dont le plus vieux de 1907: l'aérodrome d'Épagny a vibré au rythme de la dernière édition des RIO.
Soleil généreux, montagnes gruériennes en toile de fond et yeux rivés vers le ciel ou derrière d'énormes objectifs pour les spotters venus de loin. Les 5 et 6 septembre, l'aérodrome de la Gruyère à Épagny a accueilli la dernière édition des Rencontres internationales d'Oldtimers (RIO), organisées par l'Association pour la promotion du patrimoine aéronautique (APPA). Au programme: 15 démonstrations aériennes, 60 avions anciens dont le plus vieux datant de 1907, sans oublier voitures et motos. Olivier Savary, trésorier et speaker de l'APPA, nous en dit plus.
Frapp: Qu'est-ce qu'un Oldtimer?
Olivier Savary: Littéralement, ce sont "les choses du temps ancien". C'est la notion d'appareil, de machine, de voiture ou de moto. On a tout ça ici! Fabriqués avant 1975 pour les voitures, et avant 1950 pour les avions.
Comment est né ce projet?
Il est porté par l'Association pour la promotion du patrimoine aéronautique, une association de huit passionnés qui ont décidé de partager leur amour de l'aviation ancienne. Aujourd'hui, quand on monte dans un Airbus, on fait ça tout naturellement, mais il y a des gens qui nous ont précédés, qui se sont battus dans des machines très différentes. Il y a beaucoup d'envie de partage, mais aussi beaucoup de respect. Et puis ça ne s'explique pas vraiment: on a les yeux qui brillent, c'est plus facile de transmettre comme ça.
L'aviation passionne facilement le public?
Malgré tout, même si ce n'est pas toujours dans l'air du temps pour des raisons écologiques, les gens continuent à rêver. Quand on voit un avion décoller, il y a un bout de magie. Même moi qui pilote, quand je fais décoller mon petit avion, ça reste magique.
Il y a une vraie communauté autour de ces événements?
Oui, et depuis quelques années les réseaux sociaux nous permettent de communiquer de façon bien plus efficace. Il y a toute une communauté internationale de spotters: des gens qui passent beaucoup de temps sur les aéroports pour photographier ces machines. On a même eu un père et son fils venus spécialement de Montélimar pour le week-end entier.
D'où viennent les avions et les pilotes?
Une partie importante vient de Suisse, qui compte une belle quantité d'avions anciens maintenus en vol par des passionnés. Mais il y a aussi une forte culture de l'aviation ancienne en Allemagne, en France et en Angleterre. Aujourd'hui, on a des avions allemands, on devait avoir un avion anglais qui est malheureusement tombé en panne deux jours avant, et un petit appareil qui a traversé la Manche depuis l'Angleterre pour faire des démonstrations.
Ces avions volent vraiment jusqu'ici?
Oui, ils volent tous. Il ne faut pas être pressé, et surtout il faut faire juste: ces appareils sont plus fragiles que les avions contemporains. On vole, mais on fait attention.
C'est quoi la Rolls-Royce d'aujourd'hui?
Je prendrais le Corsair, cet avion embarqué qui date de 1950: l'avion de Pappy Boyington pour les plus anciens. C'est ce qu'on appelle du "métal hurlant": un gros moteur, beaucoup de puissance et une gueule incroyable. Il a aussi des ailes très particulières, en forme de mouette inversée, ce qui lui donne une silhouette reconnaissable entre toutes.
Est-il facile de faire venir ces appareils à Épagny?
Ça marche sur la réputation, et visiblement on en a une bonne. Une partie des pilotes viennent à titre personnel pour montrer leur avion, une autre partie est invitée et rémunérée pour les démonstrations. Mais dans tous les cas, il faut qu'ils aient confiance en notre organisation — et ça fonctionne bien.
La météo reste le grand risque d'un tel événement?
On connaît très bien le risque et on sait comment le minimiser. On n'hésiterait pas à renoncer si les conditions n'étaient pas réunies. Mais cette année, on a eu un temps magnifique. On ne pouvait pas espérer mieux pour une rencontre d'aviation en plein air.
Les avions sont accessibles directement sur la pelouse, au milieu du public. C'est une particularité?
C'est spécial, oui. Ça permet aux gens de se rapprocher des pilotes et des machines, de les voir de très près. C'est une tradition anglaise, développée il y a très longtemps à Duxford, au Flying Legend. une sorte de garden party autour des avions et des voitures. Sur un aérodrome classique, vous voyez toujours les appareils derrière une barrière, pour des raisons de sécurité. Là, c'est une situation vraiment très particulière, et le public l'apprécie beaucoup.
Pour ceux qui sont attristés d'avoir manqué cette édition: y en aura-t-il d'autres?
On l'espère. La périodicité, c'est tous les deux ans. Il faut évidemment que l'énergie des organisateurs soit toujours là ou qu'on soit suffisamment malins pour passer le relais à la nouvelle génération. Je suis assez confiant: il y a des gens qui peuvent reprendre ça et proposer quelque chose d'aussi bien que ce qu'on a fait aujourd'hui.








