Steve Guerdat, de la table d'opération au titre mondial
Il y a un an et demi, Steve Guerdat pouvait à peine marcher. Deux opérations du dos plus tard, le Jurassien de 44 ans a couronné sa carrière exceptionnelle avec le titre mondial dimanche sur l'immense et prestigieuse piste d'Aix-la-Chapelle.

Lorsque Steve Guerdat s'est pris la tête entre les mains dimanche dans la Mecque des sports équestres, après avoir franchi le dernier obstacle devant 40'000 spectateurs, le puzzle doré de sa carrière était complet. Champion olympique, champion d'Europe, triple vainqueur de la finale de la Coupe du monde et désormais aussi champion du monde: il est même le premier cavalier suisse à décrocher ce titre. Mieux, aucun cavalier au monde n'avait encore réussi le Grand Chelem constitué de ces quatre titres majeurs.
Pourtant, début 2025, la question n'était pas de savoir quel titre le Jurassien pouvait encore remporter. Il s'agissait de déterminer s'il pourrait un jour remonter à cheval, et dans quelles conditions. Les douleurs dorsales qui l'accompagnaient depuis longtemps étaient devenues si fortes que même pour un homme dont la vie tourne autour des chevaux, l'équitation était soudain passée au second plan.
Guerdat a dû apprendre à composer avec ses douleurs. Il entraînait son corps, serrait les dents et était même allé jusqu'à se faire injecter des produits pour pouvoir continuer début 2025, plutôt que de s'arrêter. Lors du concours de Göteborg, en février, il ne sentait finalement presque plus sa jambe droite, pouvait à peine marcher et a pris peur.
Deux opérations
Une hernie discale l'a contraint à subir une opération. La finale de la Coupe du monde, en avril 2025 à Bâle, pour laquelle il s'était tout juste qualifié, s'est déroulée sans lui. Guerdat a travaillé pour revenir et a effectué son retour lors du CSIO de St-Gall 2025. Mais en septembre, nouveau coup dur. Le disque opéré s'était à nouveau déplacé. Les thérapies alternatives n'apportant aucune amélioration et les problèmes neurologiques étant réapparus, il a dû subir une deuxième opération en l'espace de sept mois.
Une nouvelle longue rééducation a commencé, avec encore une fois des points d'interrogation sur son avenir sportif. Ses problèmes de santé menaçaient également la base économique de son exploitation à Elgg, dans le canton de Zurich, où Guerdat emploie plus de dix personnes. "Trois années comme 2025, et je devrais vendre le domaine", avait-il déclaré à la NZZ.
Mais c'est surtout la pause forcée qui l'a touché là où il est le plus vulnérable. Guerdat est monté à cheval pour la première fois à l'âge de trois ans. Son père Philippe a fait partie de l'équipe nationale pendant deux décennies et, à 12 ans, Steve était déjà considéré comme un enfant prodige. Il n'a jamais envisagé une autre profession que celle de cavalier professionnel.
Même les revers n'y ont rien changé. Après être passé par les écuries du cavalier de classe mondiale Jan Tops et du milliardaire ukrainien Alexander Onischenko, Guerdat s'était retrouvé un temps sans chevaux et avait manqué les Mondiaux 2006 à Aix-la-Chapelle. Avec le soutien des financiers Urs Schwarzenbach et Yves Piaget, il a reconstruit son activité en Suisse. Depuis 2017, il dirige son propre centre équestre à Elgg.
Quand moins est devenu plus
Les deux opérations ont contraint cet infatigable travailleur à faire quelque chose qui lui était difficile: en faire moins. Aujourd'hui, Guerdat monte encore environ cinq heures par jour, contre huit auparavant, délègue davantage et s'accorde des pauses. À sa propre surprise, il a constaté que ses séances étaient ainsi devenues plus efficaces. "Je suis plus serein dans ma tête et je peux davantage profiter de l'équitation", a-t-il confié à la NZZ.
C'est remarquable pour un homme qui se décrit lui-même comme un mauvais perdant. Pendant des années, le principe de Guerdat était de ne jamais quitter une compétition après une défaite en se disant qu'il aurait pu faire davantage. Ses blessures l'ont contraint à accepter que son corps aussi détermine désormais quand il est temps de s'arrêter.
Cela n'a rien changé à sa classe. À Aix-la-Chapelle, Guerdat est redevenu le cavalier qui appartient depuis deux décennies à l'élite mondiale: calme, précis et particulièrement performant lorsque la pression est à son comble. Avec sa jument Dynamix de Belheme, il est resté le seul des 145 cavaliers et cavalières engagés à n'avoir fait tomber aucun obstacle durant l'ensemble des Mondiaux.
Une raison de vivre
À Aix-la-Chapelle, Guerdat a également bouclé la boucle. En 2006, il avait manqué les Mondiaux au même endroit. Vingt ans plus tard, il y a remporté le grand titre qui manquait encore à son palmarès.
Le fait qu'il ne lui reste désormais plus grand-chose à gagner ne devrait guère changer sa motivation. "Je ne vais pas au travail. J'ai fait de mon hobby, de ma passion, mon métier. Et comme le plaisir passe toujours en premier, je peux avoir une carrière aussi longue", expliquait-il en 2024, après avoir décroché la médaille d'argent olympique.
Un an et demi après avoir connu le moment où il pouvait à peine marcher, Guerdat est de nouveau au sommet dans ce sport qui n'a jamais été pour lui un simple métier. Et il devrait encore longtemps poursuivre sa passion.


