Angèle: "Je ne voulais pas me forcer à revenir"
5 ans après “Nonante-Cinq”, Angèle est de retour avec son 3ème album “Instinct”, un virage parfois controversé mais assumé. Interview.

Radio Fr.: Depuis le jour où tu nous as annoncé qu’un troisième album allait arriver, tu nous as fait énormément réfléchir: décoder des chiffres, chercher des indices, analyser des photos, alors qu’”Instinct” parle justement de moins réfléchir et de plus écouter ce qu’on ressent. Ce paradoxe, tu l’avais imaginé comme ça dès le départ?
Angèle: Oui, parce que “Instinct”, c’était un peu un mantra et une boussole. Mais je ne peux pas tout à fait déclarer que je suis la grande sage de l’instinct. Je suis encore quelqu’un qui réfléchit beaucoup trop. C’est plus dans l’idée de me dire: “Je veux me donner ça comme boussole de vie”, mais je sais que je n’y suis pas encore.
Après le Nonante-Cinq Tour que tu as terminé en 2023, tu as eu besoin de te “désintoxiquer”, pour reprendre tes mots, jusqu’à oublier que tu étais chanteuse et connue. Tu te décris aussi comme un “bébé adulte” devenu aujourd’hui une “adulte adulte”. Quand cette “adulte adulte” est revenue à la musique, qu’est-ce qu’elle avait envie de faire différemment par rapport aux deux premiers albums?
J’avais envie d’être libre dans le temps et de prendre le temps. De vraiment ne pas me forcer à revenir pour revenir, et de faire la musique qui me plaisait au moment où elle me venait. C’était un vrai plaisir parce que je me suis beaucoup amusée dans un moment où je n’étais pas dans l’urgence.
Tristan Salvati, auteur, compositeur et producteur qui t’accompagne depuis ton premier album “Brol”, raconte qu’au début de ce nouvel album, vous vous retrouviez sans ordre du jour, parfois même sans parler musique, avec l’envie de ne surtout pas faire de la pop par réflexe. Est-ce que le vrai point de départ a été d’accepter de ne pas savoir où vous alliez, tant que vous aviez envie d’y aller ?
Totalement. Et de ne pas faire, comme je le disais, de la musique pour faire de la musique ou pour sortir de la musique. Mais plutôt de la laisser venir quand elle doit venir, de l’accueillir sans la provoquer à tout prix. C’était vraiment magique parce que j’ai fait cet album dans les meilleures conditions possibles, quand j’en avais envie, quand c’était le moment. C’est une énorme chance aussi, c’est un vrai privilège.
On a aujourd’hui un album très électro, mais il y a aussi cette sublime ballade, “On verra”, un piano-voix enregistré dans un appartement new-yorkais. Ce morceau a quelque chose de très brut, avec notamment le son des sirènes de New York qu’on entend à la fin du titre. Tristan et toi avez préféré garder cette prise plutôt que de la refaire parfaitement en studio. Est-ce que ce morceau résume finalement assez bien “Instinct”: préférer un vrai moment à une prise toute propre et parfaite?
Oui, parce que cette chanson je l’avais faite quand j’étais là-bas. J’avais enregistré la voix moi-même dans un salon. Il y avait effectivement des bruits d’ambulance dans la prise de voix originale.
Souvent, on refait les voix parce qu’on a besoin que ce soit fait à plat, en studio, avec le bon micro et tout ça. La plupart du temps, je dirais 99 % du temps, c’est important. Et parfois, cette petite fragilité du début est tellement difficile à reproduire dans l’émotion que je me suis dit: “Peut-être que c’est bien aussi de garder ce qu’il y avait d’original.” Donc on l’a fait comme ça. C’était l’envie.
Sur “Love Triangle”, en featuring avec Caroline Polachek et avec cette énorme production signée SebastiAn, il y a quelque chose de très sensuel, presque sexuel, jusque dans la façon de poser ta voix. En l’écoutant, j’ai pensé à une certaine période de Beyoncé, notamment à son cinquième album, avec des titres comme “Drunk in Love”. Et en fouillant un peu, j’ai découvert que Caroline Polachek avait justement coécrit et produit “No Angel”, qu’on retrouve sur ce cinquième album. Quand on connaît ton admiration pour Beyoncé, est-ce que ces références te parlent? Est-ce qu’il y a un petit clin d’œil quelque part?
Alors déjà, je l’ignorais, donc je suis complètement sur les fesses, là! Ah, waouh! OK! Alors non, je ne savais pas du tout.
C’était surtout l’envie de travailler avec Caroline, parce que je suis méga fan, même depuis l’époque de “Chairlift”, que j’ai énormément écouté plus jeune. J’avais envie de lui proposer. Ce qui est génial, c’est qu’elle a accepté tout de suite, puis elle est venue et c’était méga simple. On s’est trop marrées en studio. C’est chouette quand les choses se passent comme ça, simplement.
Tu rends un tendre hommage à Kavinsky dans la vidéo qui annonce tes dates à l’Accor Arena à Paris. Est-ce que cette rencontre a laissé une trace dans la musicienne plus électro qu’on découvre aujourd’hui dans “Instinct”?
Oui, et c’était un réel plaisir de le rencontrer. J’ai été extrêmement touchée par notre rencontre et aussi par sa générosité de venir chanter cette chanson. Les Phoenix nous ont tous les deux invités, il y avait un truc génial. J’étais ultra fan de cette chanson et de “Lovefoxxx”. C’était extrêmement beau de pouvoir la chanter à mon tour.
Et puis sa disparition a été d’autant plus choquante pour moi, parce que c’était étrange que ça arrive si rapidement. C’est aussi dans ces moments-là que j’ai réalisé la chance que j’avais de l’avoir rencontré et d’avoir collaboré avec lui, avec ce grand artiste.
Dans le clip de “Une seule vie”, on voit ce drapeau avec une photo de toi enfant. C’est un clin d’œil à “Brol”, ton premier album. Il y a aussi un clin d’œil au clip ”Flou”, où l’on voyait plein d’images de toi enfant. Tu parles d’un fil rouge qui te garde connectée à cette petite fille, avec ce petit “flex”, comme tu dis, en mode: “Regarde un petit peu où j’en suis arrivée.” Aujourd’hui, qu’est-ce qui a le plus bluffé cette petite fille, Angèle?
Je pense que c’est vraiment le fait de suivre ce que j’ai envie de faire et de le faire. C’est-à-dire d’être dans l’action aussi, dans la création, tout le temps, jusqu’au bout.
C’est peut-être ce qui me plaît le plus: me sentir vraiment au centre de ce que j’ai envie de raconter et y prendre autant de plaisir.
J’ai une dernière question un petit peu décalée. J’ai vu sur ton compte Instagram un peu plus secret on va dire, que depuis que tu écoutes un podcast sur la télépathie animale, tu expliques apparemment tout à ta chienne Pépette par télépathie. Tu lui demandes même sa chanson préférée du nouvel album. Est-ce qu’elle t’a répondu ou est-ce que tu es toujours dans une conversation à sens unique? (rires)
Ah, waouh! (rires) Il faudrait que je me connecte à elle pour lui demander. Mais je ne pense pas qu’elle ait une chanson préférée. Cela dit, il y a son ronflement dans l’intro de l’album, que j’ai gardé. Elle y figure.
On va dire que ça va être ça, son moment préféré de l’album.
Exactement. (sourire)
Angèle sera en concert les 6 et 7 novembre 2027 à la Vaudoise Arena à Lausanne.
Retrouvez l’interview complète en podcast:


