"Taxi méditerranée": deux chars font scandale à Planfayon

Peut-on rire de tout à Carnaval? La question revient sur le tapis après le Carnaval de Planfayon, où deux chars ont provoqué de vives réactions.

Les messages politiques sont en principe autorisés au carnaval et sont traditionnellement nombreux à être repris. (image d'archive) © Keystone

Des costumes colorés, des musiques de Guggenmusik, des pluies de confettis pendant le cortège: Planfayon était en effervescence pour le Carnaval ce week-end. Mais deux chars aux messages politiques explicites ont suscité de vives réactions.

Le premier char représentait un poste de douane reconstitué avec des personnes déguisées en agents de police, une figurine inscrite d'un "Beat Jans", mais aussi des poupées noires portant des perruques ainsi qu'un panneau indiquant "Pas de Suisse à 10 millions". On y voyait également des moutons noirs et blancs, symboles connus des affiches de l'UDC.

Le deuxième char, en forme de bateau pneumatique, affichait le message "Taxi Méditerranée" avec deux hommes déguisés en barbus et deux femmes voilées qui les suivaient. Une représentation d'un bateau de réfugiés.

Réactions divisées

Pour une spectatrice, le défilé était magnifique et réussi… Jusqu'à l'apparition de ces chars. "Les poupées noires m'ont particulièrement choquée", témoigne-t-elle auprès de nos collègues de Wir Freiburg. "Pour moi, c'est une représentation raciste et anti-immigrante."

Si certains spectateurs ont ri, trouvant que le sujet était approprié dans le contexte de Carnaval, d'autres étaient clairement choqués. "La présence d'enfants de l'école primaire et potentiellement d'enfants issus de l'immigration rendait la situation encore plus problématique", poursuit la témoin.

Le défilé de carnaval de Planfayon est organisé par la Guggenmusik Dütschbach-Schlorggeschlüüpfer et l'école primaire de Planfayon. Ils étaient surtout responsables du cadre comme les règles de circulation, mais les thèmes des chars leur étaient inconnus en amont, comme l'a déclaré Steve Hayoz, le président du comité du carnaval, au média alémanique 20 Minuten: "C'est aussi une surprise pour nous."

Le thème de chaque char est pourtant mentionné dans la brochure officielle, critique de son côté la spectatrice, convaincue que le comité était informé. Son compagnon a d'ailleurs déposé une plainte auprès de la police cantonale. Une enquête est maintenant en cours pour déterminer s'il y a bien eu une infraction à la loi antiraciste.

Dans la brochure fournie par la rédaction de Wir Freiburg, il est en effet écrit que les chars mentionnés posent "la question de savoir si l'immigration permanente de masse est saine pour notre petite Suisse". L'équipe qui a construit les deux chars n'a pas répondu aux demandes de la rédaction, tout comme les organisateurs du festival. L'un des participants a depuis supprimé l'image du char qu'il avait publiée sur Instagram.

La commune de Planfayon est l'autorité qui délivre les autorisations et est responsable, entre autres, des aspects sécuritaires de la manifestation. Selon Daniel Bürdel, syndic de la commune de Planfayon, il n'y a pas de vérification préalable des thèmes des chars du cortège. "Nous regrettons les discussions actuelles et la politisation de l'événement", a-t-il expliqué à Wir Freiburg. Lors d'un carnaval, les discours politiques doivent pouvoir être thématisés, mais selon le syndic, ils ne doivent pas aller dans le sens de l'atteinte à l'honneur, de l'exclusion et de la discrimination.

Peut-on rire de tout à Carnaval?

La présence de ces chars soulève tout de même des questions fondamentales: jusqu'où le carnaval peut-il être politique? Quelles règles s'appliquent aux sujets et aux messages présentés?

D'un point de vue juridique, la situation doit être considérée de manière nuancée, explique Marco Schwartz, avocat chez Fribourg Partners. "Les messages politiques sont en principe autorisés au carnaval et sont traditionnellement nombreux à être repris."

Ce qui est déterminant, c'est le cadre légal: "Le cortège a généralement lieu sur le domaine public." Une autorisation est donc nécessaire – ce qui est déterminant, ce sont les conditions qui y sont éventuellement fixées, notamment d'éventuelles restrictions concernant la publicité politique. Le règlement de la manifestation peut aussi prévoir des restrictions.

"Où se situe la limite du bon goût est moins une question juridique qu'une question de style", explique l'avocat. "On ne peut plus parler de bon goût lorsque les propos deviennent inutilement condescendants." Cela devient punissable lorsque quelqu'un est injurié, calomnié ou discriminé. Certes, le carnaval est aussi protégé par la liberté d'expression, "mais cette protection n'est pas sans limites".

"Si une enquête pénale est ouverte, les personnes responsables de ce char seront en premier lieu tenues pour responsables", ajoute Marco Schwartz. L'organisation pourrait être condamnée uniquement dans certaines conditions, par exemple si elle contribue systématiquement à mettre en avant des créations discriminantes.

Il y a eu des cas isolés devant les tribunaux, par exemple dans les cantons de Saint-Gall et de Zurich avec des condamnations pour discrimination raciale. Dans le canton de Fribourg, l'avocat n'a connaissance d'aucun cas.

RadioFr. - Redaktion / Traduction: Mattia Pillonel
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